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Le Bruit des arbres qui tombent – Faire poésie de tout

Le Bruit des arbres qui tombent – Nathalie Béasse tente avec humour et profondeur de saisir l’humain dans l’une des multiples matières de son expression. « Matière » d’expression et non « manière » de s’exprimer, car tout au long de ce spectacle, l’humain est rendu – par le jeu des analogies poétiques – à la matière arbre, c’est à dire à un présent à la fois dérisoire et cosmique.

Les quatre comédiens ont cette qualité de présence que l’on retrouve dans chacun des spectacles de la metteure en scène: une écoute vibrante qui confine davantage à un « être-là » qu’à la production classique d’une interprétation. Chorégraphie, danse, arts plastiques, tout se conjugue pour produire une esthétique singulière. C’est une grammaire dont nous découvrons, de spectacles en spectacles, de nouvelles subtilités, agacés parfois de retrouver un mot que l’on connaît trop, un geste que l’on voudrait ne pas deviner. Mais c’est le lot des écritures originales : il faut avoir en tant que lecteur la patience de l’explorateur, le goût des répétitions. En effet Nathalie Béasse s’inscrit dans le temps long, c’est une artiste qui se déploie à son rythme, et ce rythme là nous invite à poser un autre regard sur le monde : un regard poétique, rendu aux correspondances, délivré de la course au neuf.

Le Bruit des arbres qui tombent, une histoire ? Non. Plutôt plusieurs récits qui se suivent, et qui arrivent sur le plateau comme des giboulées de printemps. Chaque interprète le délivre dans sa langue. Ce sont des petites histoires qui contiennent à la fois la fragilité du quotidien et la grandeur du mythe, à moins que ce ne soit l’inverse. Chaque langue se laisse entendre comme une musique, ou plutôt comme le bruit des feuilles d’un arbre caressées par le vent.

Le Bruit des arbres qui tombent de Nathalie Béasse

Comique cosmique

Le spectacle commence avec cette immense bâche plastique noire qui – par le jeu des manipulations marionnettiques – se retrouve tour à tour nuage d’orage, nappe pétrolifère, manteau de géant… Elle est là comme une mauvaise conscience, mais c’est aussi elle qui introduit le jeu. Ce jeu là, tout simple, cette poésie qui se saisit de tout, sans effet aucun, nous amène insensiblement sur un terrain plus léger et oppose à la noirceur de la première image un doux contrepoint.

Il peut alors y avoir dialogue avec la présence des éléments naturels, immuables et pourtant fragiles : terre, eau, bois. L’humain vit avec, un temps, puis disparaît, et les histoires qu’il a traversées et racontées deviennent l’humus, la matière invisible et nourricière pour les arbres qui suivront et qui tomberont à leur tour. Le spectacle agit comme une tentative d’approcher le cosmique par le biais d’un jeu d’enfant et par une acceptation de notre propre fragilité comme condition essentielle de ce jeu.

 

Le Bruit des arbres qui tombent
Conception, mise en scène et scénographie: Nathalie Béasse
Avec Estelle Delcambre, Karim Fatihi, Érik Gerken et Clément Goupille
Lumières: Natalie Gallard
Musiques: Nicolas Chavet et Julien Parsy
Crédit photos: Jérôme Blin

Du 2 au 14 octobre à 21h au Théâtre de la Bastille

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