Théâtrorama

Un Hamlet. Encore un ? La pièce de Shakespeare semble posséder des ressources infinies, des territoires à explorer qui nous surprennent encore. Cette pièce c’est à la fois l’humain et le théâtre, et les deux nous sont toujours autant mystérieux. Cela fait longtemps pourtant que nous jouons cette comédie de la vie, que nous la transmettons à nos enfants, qui la jouent à leur tour sans comprendre, et puis qui la transmettent parce qu’il faut bien que le show continue…

Ici le metteur en scène choisit de réduire la pièce à cinq comédiens. Des personnages sont ainsi jumelés : Gertrud – Ophélie, Claudius – fantôme du père, Polonius – Laërte. Horatio prend une dimension qu’il n’a pas d’habitude en endossant le théâtre et la représentation dans son sens le plus large. Le metteur en scène choisit de radicaliser la fonction de « miroir » de ce personnage, et cela fonctionne très bien. Les artifices pré-cités peuvent faire craindre une opération de maquillage pour masquer les contraintes budgétaires mais le spectacle montre très vite qu’il n’en est rien.

De la fête foutraque à la magie du théâtre et inversement

Tout le début de la pièce est traité de manière relativement conventionnelle, avec entrées et sorties réglementaires, apparition grotesque et « cheap » du fantôme sous forme de lumières, un peu comme si le théâtre essayait à sa façon de rendre l’atmosphère de la série « Stranger things ». Mais on le sent assez vite, cette comédie du pouvoir ne peut plus durer. Elle est essoufflée, lassée d’elle-même. Les personnages sont vides, comme des marionnettes, leurs gestes sont des pantomimes dénuées de sens…

Puis arrive la révolte, l’explosion de la folie d’Hamlet, et ce qui provoque cette révolte, cette subversion de la forme, c’est le théâtre. À partir de la scène de la représentation du meurtre, la mise en scène bascule dans la folie et la magie. Il n’y a plus d’entrée ou de sorties, les personnages se changent à vue, se griment, se transforment sous nos yeux. Ils se regardent jouer les uns les autres, ils sont des fantômes puis des vivants sur la scène, c’est-à-dire l’essence du théâtre. Tout au long de la pièce, un son fait son petit chemin dans les têtes et dans les cœurs : il s’agit de la chanson « My Heart’s in the Highlands » entendue dans le film « La Grande Belleza » de Paolo Sorrentino. C’est une musique mélancolique, le récit du chemin que la mort creuse en nous, peu à peu. Frissons garantis.

Ce chemin là finit par arriver à sa vérité, et les personnages soudain mis face à la mort, sont pris par le souffle shakespearien et laissent se déployer le désarroi, l’immense tristesse, la soif de vivre, les larmes sur les êtres chers qui disparaîtront à jamais.C’est magnifique, c’est saisissant. Allez voir Hamlet, encore une fois.

  • Hamlet
  • Création collective d’après La Tragique Histoire d’Hamlet, prince de Danemark de William Shakespeare
  • Mise en scène: Thibault Perrenoud
  • Traduction, adaptation et dramaturgie : Clément Camar-Mercier
  • Avec Mathieu Boisliveau, Pierre-Stefan Montagnier, Guillaume Motte, Aurore Paris et Thibault Perrenoud
  • Crédit photos:  Gilles Le Mao
  • Jusqu’au 06 février au Théâtre de la Bastille

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