Théâtrorama

Frédérick Gravel a trente-cinq ans et se consacre depuis plus de dix ans aux créations. Avec lui, il vaut mieux privilégier le pluriel, car le Québécois se présente toujours sous ses différents costumes, et aime superposer les couches : chorégraphe, danseur, chanteur, guitariste, et même éclairagiste si le besoin s’en fait sentir. À Paris, il débarque avec « Usually Beauty Fails », spectacle pluriel comme lui, au titre poétique et à la saveur survoltée.

Nous pourrions croire que nous nous sommes trompés d’heure, trop en retard, pas encore assis que nous avons déjà loupé le rendez-vous. En pleine lumière, six danseurs immobiles nous toisent, par défi ou par séduction, sous un beat convulsif que trois musiciens branchés sur secteur secoué poussent déjà jusqu’à saturation. La scène qu’ils s’apprêtent à investir sera leur terrain de rencontres contrariées et de jeux : tout à la fois vestiaires et coulisses, salle de concert ou cabaret sombre, future salle d’échauffements échauffés.

Aux tableaux qui se succèdent, « l’échec de la beauté » se cherche dans les tensions et les confrontations, au rythme de danses heurtées, caressantes, bestiales, puis involontaires, de membres qui s’entrechoquent et de notes qui se télescopent. Car le spectacle de Frédérick Gravel, entre concert, théâtre et ballet, naît d’accidents, et est structuré selon un amalgame qui ne se fait jamais vraiment : l’équilibre est mis à mal, depuis des bassins qui se tordent, des énergies opposées, des regards et des dialogues convergeant vers un centre, et une résolution, d’emblée impossibles.

Les hiatus créateurs
Les flux prennent forme à partir de failles : dans « Usually Beauty Fails », musique et danse fonctionnent en écho, comme des aimants aussi forts qu’éprouvés, et donc vulnérables, à l’image des mouvements eux-mêmes. La chorégraphie de Frédérick Gravel surgit à partir d’accidents, et les luttes qu’elle révèle s’excitent en battements contradictoires. Sous des sons électro-rock, de rue, classiques, les danseurs ne sont que tentatives pleines ou avortées, eux-mêmes voix, notes de guitare s’accordant et se désaccordant comme ils s’habillent et se déshabillent.

Sur cette scène sans frontière, qui autorise autant les arrêts sur image et les hors-champs – durant lesquels les danseurs, faisant fi de tout, se saoulent et distribuent du Champagne à la régie technique – que les temps de silence, le spectacle est avant tout une exploration autour de la puissance des langages corporels. Tout devient alors possible : l’accueil du burlesque et de l’érotisme, du vice et des désunions, mais aussi de l’amour et de la beauté.

Usually Beauty Fails
Conception générale, direction et chorégraphie de Frédérick Gravel / GroupeD’ArtGravelArtGroup
Musiciens et danseurs : F. Ducharme, F. Gravel, C. Lavoie, V. Legault, B. Lombardo, D.-A. Toth, L. Vigneault, J. Wright
Au théâtre de la Bastille, du 7 au 11 octobre 2014 puis en tournée en Europe et au Canada

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