Théâtrorama

Penché sur le péché

« La Ronde des sept péchés capitaux » du peintre flamand Jérôme Bosch est à l’origine d’une œuvre de longue haleine élaborée par Rafael Spregelburd. Cet auteur argentin, peu connu en France, donne sa vision des vices à travers sept pièces indépendantes, regroupées sous le nom de « Heptalogie de Hiéronymus Bosch ». « La Estupidez », quatrième pièce de la série, illustre l’avarice. Quand il s’agit d’argent, il faut reconnaître que l’être humain touche souvent le fond de la « estupidez », c’est-à-dire de la « connerie ». Et l’auteur s’est bien lâché sur le sujet…

Crédit photo Christian Berthelot
Crédit photo Christian Berthelot

Au diable l’avarice
Dire que l’on suit clairement l’intrigue et que l’on peut résumer la pièce en quelques phrases, reviendrait à tomber dans un autre des péchés capitaux : l’orgueil. Car dès le début, c’est la confusion sur scène et dans la tête des spectateurs. Ce road movie théâtral nous entraîne dans un certain nombre de motels, du côté de Las Vegas, où l’on croise des familles de personnages plus barjo les uns que les autres : des policiers ripoux, des voleurs aux allures d’espions, des vacanciers paumés, un savant indécis affublé d’un fils cupide… Chacun de ces groupes, légèrement autistes, tourne en rond dans ses petites préoccupations matérielles. Le texte parle picaillons et pingrerie, mais l’économie n’est pas sur scène. Le spectacle dure plus de 3 heures, vingt-cinq protagonistes se succèdent dans un rythme endiablé, le tout enlevé par une scénographie digne d’un film de cinéma (de série B, certes, mais de cinéma quand même). Les acteurs se déplacent dans un décor, mobile et hyper américanisé, qui utilise toutes les techniques (vidéo, profondeur de champ…) pour nous en mettre plein la vue. Et de ce côté là, c’est très réussi !

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Crédit photo Christian Berthelot

Les folles de Chaillot
Aux commandes de ce petit grain de folie, il y a Marcia Di Fonzo Bo et Élise Vigier qui apportent plutôt les « buenos aires » (autrement dit les « bons vents ») au spectacle. Il y a aussi cinq comédiens excellentissimes qui vivent cette pièce à cent à l’heure. Pensez, chacun d’eux a cinq rôles à endosser ! Ils passent d’une perruque blonde à une nuisette, ou de la panoplie de policier à celle du parfait savant, en l’espace de quelques saynètes, et avec une incroyable aisance. Tout ce petit monde à l’air de franchement s’amuser, et nous avec par ricochet. Une mention spéciale doit être donnée à Marina Foïs et à Karin Viard, magistrales dans ces rôles d’hystériques. Sans elles, il est vraisemblable que le spectacle aurait beaucoup moins de saveur…

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La Estupidez (La Connerie)
De Rafael Spregelburd
Mise en scène Marcia Di Fonzo Bo et Élise Vigier
Dramaturgie de Guillermo Pisani
Avec : Marcial Di Fonzo Bo, Marina Foïs, Pierre Maillet, Grégoire Œstermann, Karin Viard
Décor de Vincent Saulier
Lumière de Maryse Gautier, assistée de Bruno Marsol
Costumes de Anne Schotte
Perruques et maquillages de Cécile Kretschmar
Musique de Claire Diterzi
Du 2 janvier au 14 juin
Mardi et jeudi à 20h00, et dimanche à 14h30

Théâtre national de Chaillot
1 place du Trocadéro, 75116 Paris
http://www.theatre-chaillot.fr/
Réservations : 01 53 65 30 00
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  1. 3 heures sur la connerie, ce n’est pas forcément si long, il y a tellement à dire 🙂

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