Théâtrorama

Entre utopie et réalité, Tankred Dorst écrit en 1981 avec Merlin ou la terre dévastée une saga qui confronte Merlin, la légende arturienne et les Chevaliers de la Table Ronde aux évènements du monde contemporain. « Prémices » issus des deux premiers livres de la pièce, adaptée par René Zhand et mis en scène par Marc Delva, ramène l’épopée de dix heures à 1h 30 de spectacle pour les besoins du Prix Théâtre 13 des jeunes metteurs en scène.

Entre comedia dell’arte et clown, la pièce commence par une naissance. Celle de Merlin qui, comme chacun sait est enchanteur, devin et conseiller du Roi Arthur. Dans la légende du Graal, Merlin est issu des amours du Diable et d’une mortelle. Ici il naît avec une barbe et lit le journal tranquillement assis à une table. Le Diable accourt pour voir son fils. Première confrontation et la dispute porte sur l’endroit du bien et du mal. Il faut ajouter que le père est une femme élégante, habillée d’un costume blanc et qui arrive sur une moto pétaradante.

Un Merlin plein de fantaisie
Le ton est donné. Avec un grand sens de la direction d’acteurs, Marc Delva propose une mise en scène déjantée, au parti pris esthétique libre et très créateur. L’action avance commentée par le Diable, transformé en narrateur et juché sur un tabouret en hauteur, de ceux utilisés par les arbitres lors des matchs de tennis. Marc Delva a un grand sens de l’organisation du plateau, sa mise en scène multiplie les gags, invente des rituels pour les réunions des Chevaliers réunis autour de la Table Ronde. Mark Twain, journaliste et auteur d’Alice au Pays des Merveilles, transformé en maître de cérémonie et en chroniqueur essaie d’organiser le récit, d’instiller deux ou trois notions de démocratie dans ce monde de bagarreurs avant de lâcher l’affaire. Les héros légendaires sont transformés ici en sales gosses dans une cour de récréation. Les temporalités s’entrecroisent. Les générations se succèdent. Merlin s’efface et tire les ficelles dans l’ombre.

Quittant peu à peu le burlesque et le jeu enfantin, la seconde partie s’oriente vers une réflexion plus approfondie sur le devenir d’un monde qui perd peu à peu les valeurs d’honneur et de fraternité qui l’ont fondé. En lançant les hommes à la recherche du Graal, Merlin a provoqué (par goût du jeu?) la perdition du royaume des hommes. À la fin de la pièce, il contemple la terre dévastée. Chaque époque connaît ses crises qui conduisent aussi les hommes à imaginer un avenir de paix, « un monde meilleur » qui saurait fabriquer de nouvelles utopies. Refaire l’Eden, paradis des origines, lié à un bonheur inaliénable, c’est l’enjeu à chaque fois. À la fin de la pièce, presque en s’excusant, avec un sourire entendu, Merlin, s’affirme comme le metteur en scène, l’artiste qui a l’imagination et la force nécessaires pour faire avancer les autres.

Merlin ou la terre dévastée : Prémices
De Tankred Dorst
Traduction : Hélène Mauler
Adaptation : René Zahnd
Mise en scène : Marc Delva
Avec James Borniche, Florent Hu, Thomas Brazete, Manon Rey, Grétel Delattre, Benjamin Guillet, Édouard Penaud, Élodie Galmiche, Christophe Garcia, Sophie Mousel, Flavien Bellec, Hugo Bardin, Emmanuel Rehbinder, Florian Boolay

Vu le 17 Juin 2015 au Théâtre 13
Cette pièce concourt pour le Prix 2015 du Théâtre 13 des jeunes metteurs en scène.

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Pin It on Pinterest

Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !