Théâtrorama

Le texte, un peu fumeux, peut dérouter. Mais la mise en scène très alerte et rythmée, la débauche d’effets techniques assez adroitement agencés et une partie musicale renversante remportent haut la main l’adhésion du public, d’autant que la distribution s’avère puissante et convaincante. Un ovni s’est posé sur la scène du Théâtre 13…

Le fils de la comédienne fétiche de Bertrand Blier (Myriam Boyer), auteur et metteur en scène de ce spectacle ne semble pas s’être laissé phagocyter par ses ascendances, naturelles ou relationnelles. Car si l’auteur de « Désolé pour la moquette » n’a jamais lésiné pour insuffler dans ses propos une grosse part de surréalisme, ce n’était toujours qu’au service d’une réalité, sociale le plus souvent, bien amarrée à notre quotidien. Arny Berry, lui, explore un univers, tel un démiurge un peu frappé, mais au final assez attachant.
La scène forme, grâce à d’immenses pans de plastique opaque tendus une espèce de bulle à l’intérieur de laquelle se devinent, à la faveur de quelques légers courants d’air, les instruments d’un orchestre. Un déni du réel, un refus de l’existant fait office de prologue avant que se déchirent les parois de la bulle placentaire pour faire place à la naissance d’un spectacle et d’un monde. Un méta monde.

Une drôlerie morbide
Il est question d’un homme qui s’est noyé et dont le corps vient hanter un hôpital, tel le fantôme d’Hamlet son château danois. A partir de cette liminaire amorce, se trame une intrigue que les épris de cartésianisme aigu risquent d’avaler avec difficulté. Mais rien n’empêche de laisser de côté la partie -pourtant revendiquée- baudrillardienne du propos pour s’intéresser au travail énorme de mise en scène et en images de cette comédie macabre et délirante, étrange radiographie de notre univers.

Car certaines scènes ne manquent pas d’une drôlerie morbide où l’outrance des situations joue un contrepoint à tout ce que cet spectacle bizarre recèle de sordide. L’ensemble, mené par d’excellents comédiens, où vie et mort se côtoient de près (avec cette délirante envie d’enfant en plein travail de dissection d’un macchabée) laisse le visuel prendre le dessus, ce qui rend ce spectacle finalement accessible à (presque) tous. Il y a du rythme, du punch, de l’énergie dans ce théâtre-là. Un théâtre dont on se demande parfois s’il ne s’agit pas plutôt d’un concert ponctué de scènes de jeu, d’autant que la composante musicale est tout simplement renversante.

Chacun trouvera dans cet ovni matière à prolonger la réflexion, les pistes ne manquant pas. Du théâtre ouvert donc, qui se paye l’infini pour horizon cognitif tout en assumant son côté résolument potache et débridé. Inattendu et très attachant.

Meta/Scanning Hamlet
Texte et mise en scène : Arny Berry
Avec Clément Bernot, Alice Bié, Morgane Buissière, Alexandre Cornillon, Ophélie Legris, Victor Le Lorier, Adrienne Muniglia, Benjamin Rousseau, Victor Veyron et les musiciens Slim de Falla, Gabrielle Jéru, Yann le Tallec, Romain Pellegrini, Rémi Pierre
Musique : Slim de Falla, Gabrielle Jéru, Yann le Tallec, Romain Pellegrini, Rémi Pierre
Scénographie : Rosa Naudin
Lumières : Victor Veyron
Costumes : Johanna Elalouf


Théâtre 13, 103A boulevard Blanqui, 75 013 Paris (métro : Glacière)
Représentations le 17 juin à 20h30 et 18 juin à 19h30
Réservations : 01 45 88 65 22 et www.theatre13.com
Durée : 1h30

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