Théâtrorama

Assumant pleinement leur volonté de faire du spectacle avant tout et contre tout, les deux metteurs en scène de cette pièce, Hélène François et Émilie Vandenameele, proposent une adaptation énergique d’un auteur assez peu joué en France. L’audace s’avère payante…

L’action se déroule dans les années qui suivirent la grande crise de 1929. L’Allemagne s’apprête à élire un chancelier qui rapidement va beaucoup faire parler de lui. Mais en attendant, les litres de bières coulent à flots lors de la traditionnelle « Oktoberfest » de Munich. Casimir, un chauffeur qui vient d’être licencié, et sa fiancée Caroline, l’ambition chevillée au corps viennent se perdre au milieu des flonflons et manèges, histoire de se faire tourner un peu la tête. Bière, chanson, musique : la fête bat son plein jusqu’au moment où Caroline est abordée par un certain Schürzinger. La descente aux enfers peut commencer…

Partant du postulat que le spectacle c’est la vie tout autant que la vie est un spectacle, les deux jeunes metteurs en scène Hélène François et Emilie Vandenameele, dans un élan très parnassien, ne vont avoir de cesse que de surenchérir cet aspect de perpétuelle représentation, voire de surreprésentation. Il n’y a plus vraiment de spectateurs « traditionnels », l’habituelle passivité du public étant ici quelque peu bousculée par cette troupe qui n’hésite pas à un tohu-bohu fracassant que l’on entend dès le hall d’entrée du théâtre. La suite ne peut être que détonante… Et déroutante.

Tourbillon de folies, de bruits, de vie…
La fête de la bière, servant de décor à plusieurs pièces du dramaturge allemand Ödön von Horvath, incarne ici ce tourbillon de folie, de bruits, de vie qui emporte tout sur son passage, les joies et les peines, les drames qui se jouent en dépits des flonflons et des chansons à boire. Rien n’est plus triste qu’une tragédie se jouant en pleine liesse populaire, conférant à cette dernière une coloration rapidement grotesque où les êtres oublient tout pour mieux s’oublier eux-mêmes.

Un spectacle donc où plutôt une mise en abyme de cette notion. Le spectateur devient rapidement acteur et l’illusion est plutôt réussie. Si l’allusion au spectacle cathodique par voie d’homonymie d’un célèbre personnage télévisuel avec le héros (malgré lui) de la pièce semble un poil « too much », le grand mouvement orchestré par les comédiens pour remuer (au sens fort du terme) le public n’est finalement pas si ridicule que ça. Même s’il déroute, ce moment, sommes toutes rare dans le théâtre, s’inscrit dans la plus pure tradition populaire du spectacle de rues. Soutenu par ailleurs par de très bons comédiens, ce drame personnel sous fond de liesse populaire s’avère donc une bien bonne surprise.

Casimir et Caroline
Pièce populaire Manège hilarant et déchirant de Ödön von Horváth
Mise en scène : Hélène François et Emilie Vandenameele assistée de Camille Briffa
Avec Alban Aumard, Bernard Bouillon, Eurydice El Etr, Pierre-Louis Gallo, Jean-Louis Grinfeld, Vincent Marie, Lucrèce Carmignac, Lorraine de Sagazan et Raphaël Almosni

Traduction : Hélène Mauler et René Zanhd
Création musicale : Patrik Lerchmüller
Dramaturgie : Cornélia Rainer
Scénographie : Soizic Bernard
Costumes : David Messinger
Création lumière : Pascal Sautelet
Mardi 21 juin 2011 à 20h30 et mercredi 22 juin 2011 à 20h30
Durée : 1h30

Théâtre 13, 103A boulevard Blanqui, 75 013 Paris (métro : Glacière)
Représentations le 17 juin à 20h30 et 18 juin à 19h30
Réservations : 01 45 88 65 22 et www.theatre13.com

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