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Le Prix Théâtre 13 / Jeunes Metteurs en Scène 2015, c’est parti ! Toute jeune comédienne, mais ayant déjà travaillé avec des metteurs en scène reconnus comme Muriel Mayette ou Denis Podalydès de la Comédie Française, Heidi-Éva Clavier s’attaque pour sa première mise en scène à « Ivanov », une des pièces les plus énigmatiques de Tchékhov. Osant ici un traitement dramaturgique icononoclaste, le héros éponyme devient dans son adaptation « Ivan Off » un héros muet.

Il y a quelque chose de subversif, d’inquiétant et de bien étrange dans le silence de Nicolaï Ivanov. On le savait sujet à la mélancolie, mais depuis trois ans il a décidé de se taire totalement. Ni ses meilleurs amis, ni Anna Petrovna, sa femme qui a tout quitté pour lui ne parviennent à lui arracher un seul mot…

Ivanov s’est littéralement mis en position « off » et la vie se déroule sans ses commentaires. Chacun s’exprime à sa place, interprète pour lui les sentiments censés l’agiter ou projette leurs propres vérités. Parfois, une sorte de désespoir muet ou de colère le sort de sa torpeur et le rend violent ou tendre selon les moments. Il saute sur son ami Borkine qui l’agace, exprime de la tendresse à Sacha, la fille de ses amis ou rejette violemment sa femme qui tente de le retenir.

Car alors face à ce mutisme, au refus d’expliquer, de répondre que signifie l’amitié de Borkine ou l’honnêteté violemment revendiquée par Lvov ? Que deviennent l’amour, les reproches d’Anna Petrovna et même l’attirance pour Sacha alors que la réponse est toujours le même refus de communiquer quelles que soient les situations ?

Silence assourdissant
Cette traversée du silence d’un seul rend toutes les paroles inutiles, frivoles, méchantes et à double sens. Chaque interprétation du mutisme d’Ivanov est sujette à caution et rebondit vers un silence encore plus grand. Le mutisme de Guillaume Laloux qui joue le rôle titre renforce son charisme naturel et rend plus violente encore la volonté des autres, d’interpréter ses sentiments, de voler ou piller son intériorité.

Il y a de la force dans cette proposition dramaturgique qui tire la mélancolie du personnage vers une énigme plus profonde, voire métaphysique. Portée par la belle énergie de huit comédiens qui ne manquent pas de talent, la mise en scène de Heidi-Éva Clavier, son sens de la direction d’acteurs et ses choix musicaux exprime déjà une certaine maturité. En choisissant de mettre Ivanov en « voix off », elle joue le contrepoint et souligne la mécanique implacable des pièces de Tchékhov qui conduit immanquablement à l’explosion des situations et des personnages.

Ivan Off
Adapté de Ivanov d’Anton Tchékhov
Traduction Françoise Morvan et André Markowicz
Mise en scène : Heidi-Éva Clavier
Avec Hélène Bressiant, Julien Barret, Elsa Epis, Maxime Gleizes, Guillaume Laloux, Laureline Le Bris-Cep, Pauline Tricot, Gabriel Tur.
Durée : 1 h 15
Vu le 13 Juin 2015 au Théâtre 13
Cette pièce concourt pour le Prix Théâtre 13 – jeunes metteurs en scène

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