Théâtrorama

Vincent Thépaut a le sens du raccourci. Orgie antique géopolitique, c’est ainsi qu’il qualifie son adaptation contemporaine et musicale de « Antoine et Cléopâtre » d’après William Shakespeare, qu’il met en scène dans le cadre du Prix Théâtre 13.

Solo de batterie alors que les spectateurs sont en train de s’installer…Codes vestimentaires des films péplum hollywoodiens sur une musique gangsta-funk, alors que la pièce commence et que la première scène s’ouvre sur un banquet orgiaque. Le ton est donné. Iconoclaste, provocateur et ironique.

Marc-Antoine, héros vengeur de Jules César, s’adonne depuis longtemps à une vie décadente dans le palais de la belle Cléopâtre à Alexandrie. Celle-ci est devenue maîtresse de son destin et a soumis son amant à tous ses désirs. Rome le rappelle comme dernier rempart à l’appétit hégémonique d’Octave. Antoine, tout à sa passion pour la reine d’Égypte oublie ses devoirs envers Rome…

Orgie antique géopolitique
Au centre de la pièce il y a ce couple devenu le noyau d’un monde décadent et autour duquel s’organise toute l’action. Antoine, cheveux peroxydés, interprété par Luca Besse, un acteur tout en puissance, tant au niveau de la stature que de la voix, renvoie à l’image du colosse dictateur, tout en se révélant totalement soumis à l’appel de toutes les jouissances. Hystérique et masochiste face à une Cléopâtre (Isabel Aimé Gonzales) inventive, capricieuse et versatile.

La Rome racontée par Shakespeare est une histoire tragique et sanglante, drôle parfois « éthylique et érotique » souligne le metteur en scène. Vincent Thépaut pousse cette vision de la pièce vers un paroxysme sans demi-mesure. La république romaine vieille de cinq cents ans est transformée ici en un espace décadent, déserté par les dieux. Y règnent quelques oligarques ambitieux et cruels et la révision des frontières se discutent dans les banquets.

La scénographie de Julie Camus, intelligente et inventive, joue sur une organisation de l’espace scénique qui met en valeur le tripatouillage politique et idéologique. Partant d’un décor vertical et d’un plateau relativement vide au début de la pièce, qui souligne un certain ordre social, la mise en scène déconstruit peu à peu le cadre de départ. La scène se transforme en immense jeu de bataille navale, animé par de grands enfants qui s’exterminent. La guerre éclate, le plateau se remplit de bouts du décor, qui représentent les terres que l’on s’arrache, les territoires conquis, les bateaux coulés. Fragment par fragment, l’empire romain conquis par Octave, se réordonne à son profit exclusif. Antoine réfugié sur un confetti perdu dans la mer finit par en être chassé et par mourir à son tour. De l’immensité de cette tragédie, on ne retient que l’épuisement des hommes et leur vanité à vouloir conquérir un pouvoir si fugitif.

Sous le côté loufoque et burlesque, les partis pris dramaturgiques de Vincent Thépaut mettent surtout l’accent sur les enjeux géopolitiques qui font du pouvoir le seul but de la conquête à conquérir. Dès le début Il prend le parti de faire raconter l’histoire par Octave, le vainqueur, qui, de malversations en trahisons, parvient à reconquérir tout l’espace, espérant gagner ainsi une gloire qui pourrait faire oublier les amours tumultueuses d’Antoine et Cléopâtre. Il n’en sera rien. Il reste seul face à un ciel vide et à un univers rétréci.

Antoine et Cléopâtre
D’après William Shakespeare
Traduction, adaptation & mise en scène : Vincent Thépaut
Musiques originales : Vincent Choquart
Scénographie : Julie Camus
Avec Isabel Aimé Gonzales, Béatrice Aubazac, Luca Besse, Florian Choquart, Simon Falguière, Elsa Foucault, Romaric Séguin, Vincent Thépaut.

Vu le 20 Juin 2015 au Théâtre 13
Cette pièce concourt pour le Prix  Théâtre 13 –  Jeunes metteurs en scène.

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest