Théâtrorama

L’un des auteurs américains les plus mythique interprété dans le temple du théâtre français : Tennessee Williams arrive par la grande porte à la Comédie française. La salle Richelieu si riche d’histoire accueille pour quatre mois l’œuvre emblématique du romancier à la vie aussi tourmenté que les histoires qu’il racontait. Prenez votre ticket pour un long voyage à bord du « Tramway nommé désir », expérience théâtrale unique dont on ne peut en revenir indemne. Embarquement immédiat…

Si le Tennessee est l’état de la musique country, la Nouvelle-Orléans est la terre du blues. Ses quartiers populaires abritent Stella et son mari d’origine polonaise Stanley Kowalski, couple tumultueux et en proie aux difficultés de la vie quotidienne. Quand Blanche DuBois prend le tramway nommé désir pour se rendre chez sa sœur Stella, l’équilibre précaire qui régnait chez les Kowalski est rompu. Comme son nom pourrait le laisser entendre, Blanche tente de symboliser la pureté et l’innocence, mais trimballe avec elle une malle contenant des secrets enfouis dans son double-fond. Cette visite impromptue va raviver des vieux démons et faire ressortir le caractère sanguin de Stanley et ses excès de violence à l’endroit de sa sœur. Blanche voit alors son passé ressurgir telle la lumière du tramway dans la nuit. Et quand l’argent s’en mêle, les masques et les apparences tombent pour laisser entrevoir une réalité dérangeante et troublée. Blanche tente de laver ses pêchées dans l’eau d’un bain qui a depuis longtemps perdu sa pureté reflétant au contraire l’opacité d’un un verre whisky. Et bien sûr, la folie est la seule issue possible. Du Tennessee Williams dans le texte…

Crédit photo Cosimo Mirco Magliocca

Un train train pas très quotidien
La pièce détonne et étonne par sa fantaisie maîtrisée : la troupe de la comédie française sait attiser notre désir. Anne Kessler en Blanche et Éric Ruf en Stanley sont admirables et savent trouver un juste équilibre entre modernité et classicisme. La comédienne n’a rien à envier à la grâce de Vivien Leigh, et quant à Eric Ruf, il fait marcher son humour et son détachement quand Marlon Brando faisait lui preuve de bestialité. Ce que l’on aime également c’est ce mélange entre l’interprétation d’un texte reconnu et la musique et la danse d’une adaptation culottée. Cette nouvelle dimension apporte fraîcheur et originalité à une représentation de près de trois heures. Les effets de mise en scène, peut être parfois un peu systématiques, apportent également cette modernité qui était en gestation dans la pièce d’origine.

Par ailleurs, les longs panneaux japonais composant un décor sur plusieurs niveaux bougent au gré des humeurs des personnages. Ils se font et se défont et s’entrechoquent donnant une seconde vie aux différents actes. La perspective du tramway qui se rapproche est merveilleusement créée et les jeux de lumière métamorphoses le train en temps qui passe. Sans en révéler la magie, la partie de poker entre Stanley et ses amis, chorégraphiée à la perfection tel un ballet de cartes, est un vrai tour de force. Au final, la pièce sait, tout en suivant un chemin tout tracé, emprunté des nouvelles voies pour le plus grand bonheur de ses passagers…

Un tramway nommé désir
De Tennessee Williams
Texte français : Jean-Michel Déprats
Mis en scène : Lee Breuer
Avec Anne Kessler, Eric Ruf, Françoise Gillard, Christian Gonon, Léonie Simaga, Bakary Sangaré, Grégory Gadebois, Stéphane Varupenne.

Du 5 février au 2 juin 2011
Matinée à 14h, soirées à 20h30

Comédie française
Place Colette
75001 Paris
Site web
Réservations : 0825 10 1680

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