Théâtrorama

C’est le plancher de la scène du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, mais ce pourrait tout autant être celui encore mal éclairé d’un estaminet parisien autrefois prisé et qui a fermé ses portes il y a plus de trente-cinq ans. Quartier latin, cabaret L’Écluse. On entend quelques notes de la « Petite Cantate » de Barbara. Xylophone sur piano noir : de timides tintements se superposent aux voix, faisant bientôt résonner les paroles de la « chanteuse de minuit ».

« Barbara avait le charme d’une ensorceleuse (…). J’aimais cette femme sans comprendre pourquoi, je la trouvais belle, sensuelle, originale, et je fredonnais ses paroles, sans savoir qu’elles m’éduquaient. (…) Ce sont des chansons qui concernent tout le monde. » Pour Béatrice Agenin qui se souvient de son enfance bercée par les airs de Barbara, mettre en scène ses textes n’a soulevé aucune question, comme s’il y avait toujours eu une évidence Barbara.

Dans un cabaret recréé pour la circonstance – rideau rouge, quelques chaises et de petites tables en coin, plus rarement un paysage extérieur dépouillé –, une vingtaine d’histoires ordonnent à nouveau les urgences célèbres de la chanteuse. Il s’agira, bien sûr, d’évoquer les amours, celles de « gosses » ou celles qui sont tristes, de confier l’espoir de redonner enfin à l’aube sa chance, de ne rien craindre des silences et des solitudes, et de crier, encore, une joie inexorable de vivre.

Barbara intime
Martine Chevallier, Sylvia Bergé, Suliane Brahim, Félicien Juttner, Danièle Lebrun et Elliot Jenicot, dans une alternance de numéros en solo, en duo, ou en troupe pour l’entame et aux adieux du spectacle, sont là qui récitent, fredonnent et se lancent dans des complaintes ou dans des mélodies enjouées. Selon les tableaux, ils se tiennent assis et immobiles dans l’ombre, puis esquissent quelques pas de valse dans la lumière avant de bouger épaules et nuques aux instants plus légers du music-hall. Si chanter comme Barbara demeure impossible, ils en dessinent en filigrane un portrait intime, soutenu par quelques images d’archives projetées sur écran.

Les partitions, magnifiquement interprétées, font renaître et accompagnent les images (dieu et diable, pluie et nuit, rose noire, lilas et fleurs sauvages, enfance et saisons) et les lieux de Barbara. Ainsi, « du bout des lèvres », de Vienne au bois de Saint-Amand, des Batignolles à la rue des Pyrénées, des estrades de petits cabarets aux scènes de grands théâtres, dames et hommes en noir approprié redisent cette évidence Barbara, et celle de ses chansons qui ne s’en tenaient pas uniquement au rythme d’une mélodie simple, sombre, parfois mutine, mais qui racontaient, chacune à leur façon, une histoire personnelle, relevant d’anecdotes ou de contes noirs quotidiens.

Cabaret Barbara
Direction artistique : Béatrice Agenin / Direction musicale : Benoît Urbain
Avec Martine Chevallier, Sylvia Bergé, Suliane Brahim, Félicien Juttner, Danièle Lebrun et Elliot Jenicot
Au <a href= »http://www.comedie-francaise.fr/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1396&amp;id=597″ target= »_blank »>Studio-Théâtre de la Comédie-Française</a>, du 27 septembre au 2 novembre 2014
Crédit photo : Brigitte Enguérand

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