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Mademoiselle Espérance De Gilles Ascaride

Mademoiselle Espérance de Gilles Ascaride

Mademoiselle Espérance – Et revoilà les Carboni, enchanteurs de Marseille, conteurs de la Canebière, galéjeurs du Panier ! Avec un personnage issu (un spin-off, comme ils le clament) de leurs précédents spectacles, ils redonnent vie à toute une époque, le temps du Music-Hall à Marseille. Qui est cette Mademoiselle Espérance, dont le corps aux volumes outranciers et la voix à l’accent prononcé envoûtent le spectateur pour ne plus le lâcher ?

C’est d’abord la diffusion d’une chanson aux arrangements de mauvais goûts qui agace Anaïs/Espérance et la fait sortir de ses gonds. Créature que l’on croirait toute droite sortie d’un dessin d’Albert Dubout, elle se lance sur le chemin d’un soliloque que son aide-soignant, aussi accordéoniste et pianiste, viendra enrichir et relancer de ses réparties musicales.

Anaïs est cantonnée dans une maison de retraite, et préfère fuir ceux qu’elle appelle les « Alzas » (en référence à la maladie d’Alzheimer). Pourquoi, elle qui connait encore par cœur toutes les paroles de dizaines de chansons, irait-elle les rejoindre dans ce salon d’argent, cet endroit désespérant où se réunissent les pensionnaires aux cheveux gris et à la mémoire atrophiée ? Elle, Anaïs, Mademoiselle Espérance, de son nom de scène, préfère rester seule dans sa chambre et revivre son passé. Son vocable et son énergie ressuscitent les grands et moins grands qu’elle a côtoyé, Rellys, Fernandel et tous les autres.

Sous nos yeux et à travers nos oreilles, c’est cette Provence de la belle époque, qu’Anaïs fait surgir, ces années 30 où les opérettes marseillaises ont connu leur apogée avec Scotto, Alibert et Sarvil (à qui les Carboni ont rendu hommage dans leurs autres spectacles). C’est la puissance mythique de l’Alcazar où se déroulaient les concours de chant amateur organisés notamment par le journal « Artistica ». Et les chansons que l’aide-soignant musicien infuse mieux qu’un remontant, c’est Mademoiselle Espérance, emmenée par la formidable Edwige Pellissier (comédienne pilier de la troupe), qui les interprète et, ainsi, nous emporte en dansant vers le soleil, sans être le moins du monde entravée par son fessier démesuré.

Espérance

La déportation, qui lui retire l’homme de sa vie, musicien lui aussi, et qu’elle avait en vain tenté d’avertir sur la dangerosité des nazis qui, eux, malgré leurs costumes, ne proviennent pas d’une opérette, ne parviendra pas à abattre l’enthousiasme de celle qui a résisté à son père qui voulait qu’elle devienne coiffeuse. Brûler les planches, elle l’a toujours voulu et le veut encore. Et personne ne peut lui tuer ses souvenirs, ni ses envies à part, peut-être, les « Alzas ».

Portrait tonitruant d’une gouailleuse magnifique dont le costume aux couleurs chaudes est une ode à la cité phocéenne, le conte provençal de Gilles Ascaride enchante nos cœurs comme la lavande parfume l’air, avec juste ce qu’il faut de répliques percutantes et passages nostalgiques, le tout dans une mise en scène sobre où le tout petit cadre contenant la photo de son homme disparu trop tôt, sonne comme la fausse note qui dérègle l’harmonie de cet univers tout en chansons, souvent réjouissantes, parfois mélancoliques.

Lors d’un passage sublime où Anaïs décide que tout s’arrête juste avant la tragédie de la seconde guerre, on comprend que Mademoiselle Esperance veut contrôler le temps, la mémoire, pour se laisser et nous laisser l’image d’une symphonie permanente où elle pourrait chanter éternellement et repousser la vieillesse et la maladie vers d’autres contrées. D’ailleurs comment quelqu’un qui porte le nom d’Espérance pourrait-il mourir ?

Mademoiselle Espérance
De Gilles Ascaride
Mise en scène : Julien Asselin
Avec Edwige Pellissier, Pascal Versini
Mise en scène : Julien Asselin
Costumes : Virginie Breger
Masque : Colette Kramer

Vu au festival d’Avignon

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