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Le Cas Blanche-Neige d’Howard Barker

Le Cas Blanche-Neige d’Howard BarkerDouble distorsion… Howard Barker avait magistralement réécrit le conte des frères Grimm dans une version à l’exégèse psychanalytique. La metteur en scène Carole Errante reprend le flambeau des métamorphoses pour proposer une greffe très réussie entre un texte boursoufflé de violence crue et un univers décadent de music-hall.

L’affiche est déjà une promesse… L’impression de revoir Divine (Harris Glenn Milstead), hypnotique et magnifique. Et la mise en scène de Carole Errante n’est pas si éloignée des films expérimentaux de John Waters, avec le trash en marque de fabrique. La scène du théâtre Joliette-Minoterie nous invite à un cabaret transgenre. Exubérance sans limite et dépravation sensuelle assumée attendent le public dans cet antre de freaks.

Il était une fois une reine au sex-appeal virevoltant qui usait de son pouvoir de femme fatale, un peu cougar, sur toute la cour. Les nobles du royaume lui léchaient les talons aiguilles, mais elle préférait la virilité forestière de son bucheron d’amant. Le roi, éperdu d’amour et la langue pendante devant ces courbes ravageuses, se consumait de passion et de jalousie. La bombe sensuelle aux désirs délicieusement débridés n’avait cure d’allumer les soupçons de son époux royal et poussait le bouchon de son adultère chaque fois un peu plus profond.

La nature est mal faite et cette jouisseuse stérile signa son arrêt de mort à l’annonce de sa grossesse. La braise des soupçons finit par brûler l’amour-propre de l’écorné qui réserva une fin flambante en pied de nez à son adoré. Et pendant ce temps là, Blanche-Neige, pucelle malgré elle, essayait de se construire avec le reflet de ce modèle à la fois détesté et envié. Il est dans la tradition psychanalytique de tuer le père. Pour s’affranchir et devenir une femme, la jeune fille devra finalement tuer la belle-mère et recevoir en héritage une transmission sanguinolente.

Du conte de fées au burlesque

Le Cas Blanche-Neige d’Howard BarkerLe mot clé qui revient en refrain et colle aux pieds des personnages : « dépravation ». L’occasion d’en rajouter dans une mise en scène de cabaret burlesque. Le mauvais goût devient un genre savamment entretenu. Les comédiens s’en donnent à cœur joie, dans leurs costumes mi-gothiques mi-Gaultier, pour en rajouter dans la caricature. Un jeu parfaitement maîtrisé comme un numéro de music-hall qui enthousiasme le public. Les spectateurs se laissent entrainer dans ce repaire de la perdition où le sexe transcende les genres.

Les servantes, interprétées par des hommes, deviennent des créatures drolatiques, dont le rôle principal est de tenir un miroir qui leur tombe des mains comme un sortilège. Le miroir ne reflète ici que la réalité et a bien du mal à ne pas se briser en désaccord silencieux. Le bucheron se mue en chippendale un peu grotesque. Carlos Martins, dans le rôle du bellâtre, aura l’occasion de multiplier ses talents d’interprétation en se glissant dans la peau du roi de tous les Irlandais puis de son fils, du forgeron et d’un serviteur. La reine, magistrale Hélène Milano, réalise un show de diva imposante face au roi (impeccable François Cottrelle), triste sire presque émouvant dans l’amour dans lequel il se noie. Blanche Neige, pétillante Anne Naudon, fait pâle figure face à ce rouge passion dans lequel elle évolue. Le Cas Blanche-Neige… ou comment le savoir vient aux jeunes filles, insiste le sous-titre, comme une pièce d’initiation qui fait naître le personnage à lui-même. La mise en scène de Carole Errante n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Cendrillon de Joël Pommerat. Le texte d’Howard Barker semble ici trouver un cadre parfait à sa démesure.

Le Cas Blanche-Neige, ou comment le savoir vient aux jeunes filles
De Howard Barker, traduit de l’anglais par Cécile Menon
(éditions Théâtrales)
Mise en scène : Carole Errante
Avec Hélène Milano, François Cottrelle, Carlos Martins, Maurice Vinçon, Anne Naudon et la participation filmée de Geoffrey Coppini et Stéphan Pastor
Dramaturgie : Christine Kiehl
Collaboration artistique:  Christelle Harbonn
Création lumière : Jean-Luc Passarelli
Costumes : Aude Amédéo
Scénographie:  Olivia Tournadre
Vidéo:  Paule Sardou
Technicien vidéo:  Nicolas Helle
Création sonore:  Romain Leiris
Musiciens et ingénieurs du son :  Romain Leiris et Laurent Rossi
Crédit photo: Caroline Victor

Vu au Théâtre Joliette-Minoterie. Reprise à l’automne au Théâtre Antoine Vitez, Aix en Provence

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