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Par-delà les marronniers de Jean-Michel Ribes

Par-delà les marronniers de Jean-Michel RibesPar-delà les marronniers – Un tronc commun d’humour qui scie la branche de la banalité pour tirer les racines de la loufoquerie. Jean-Michel Ribes, dans une idée lumineuse, a réuni les bonnes feuilles de trois artistes oubliés par le temps. Arthur Cravan, Jacques Rigaut et Jacques Vaché sont à l’honneur dans un cabaret exquis et excentrique.

La première ébauche de Par-delà les marronniers date de 1972. Les évènements de Charlie ont réactivé l’urgence de ce « rire en résistance ». Un rire de dérision jusqu’à l’absurde, un rire dérisoire sous les obus de la Première guerre mondiale.

Par-delà les marronniers de Jean-Michel RibesLa première scène donne le ton d’un spectacle envoyant joyeusement valdinguer les bienséances. Le recrutement militaire de ces trois divins dandys se transforme en show flamboyant face à un soldat dépassé par l’esprit affuté des candidats. Jacques Rigaut, le « raté-étalon », comme il se définit, mauvais garçon aux bons mots qui traîne son ennui en parfait décadent. Arthur Cravan, poète et boxeur, dont les répliques sont plus percutantes que les uppercuts. Jacques Vaché, l’inventeur de l’humour sans H, pince-sans-rire et poseur né. Ironie du sort, ces trois gai-lurons au cynisme aiguisé ne se sont jamais rencontrés.

Plus de dada et moins de tralala

Par-delà les marronniers de Jean-Michel RibesAmbiance années folles avant l’heure… Décalage maîtrisé entre ces trois désenchantés suicidaires qui traversent la pièce en cinq tableaux (La Guerre, L’Amour, L’Art, L’Ennui et La Mort), et une mise en scène de Music-hall, où les femmes mettent leurs paillettes autant que leur grain de sel et où les chansons s’enchaînent dans un show must go on exubérant. « Par-delà les marronniers » entraine le public dans le périple de ces destins croisés.

Par-delà les marronniers de Jean-Michel RibesHervé Lassïnce compose un Jacques Rigaut lassé par la vie avec une obsession sans sursis de défaire le nœud par un suicide dans les formes. Michel Fau n’hésite pas à se mettre à nu pour donner à Arthur Cravan toute sa démesure ubuesque. Maxime d’Aboville tranche en interprétant un Jacques Vaché plus en retenu, attachant, voire émouvant. Stéphane Roger devient l’homme à tout faire dans cette Revue qui saupoudre un glamour caricatural, avec la présence frivole de la brochette de muses et de miss (Aurore Ugolin, Alexie Ribes, Sophie Lenoir).

Alors, oui, tous les ingrédients sont là pour nous faire passer un délicieux moment qui fait oublier le temps. Et pourtant… Quand on écoute les saillis textuels de ces dadaïstes désemparés, on aimerait moins de garnitures colorées pour savourer ces mots qui se suffisent à eux-mêmes et font naître tous les paradoxes d’une époque qu’ils ont tous trois traversée en météorite. « Par-delà les marronniers » a porté ses fruits en nous donnant envie de redécouvrir l’œuvre de ces trois trublions et libres penseurs.

Par-delà les marronniers
Texte et mise en scène : Jean-Michel Ribes
Assistanat à la mise en scène Virginie Ferrere
Avec Maxime d’Aboville, Michel Fau, Hervé Lassïnce, Sophie Lenoir, Alexie Ribes, Stéphane Roger, Aurore Ugolin
Musique originale : Reinhardt Wagner
Scénographie : Sophie Perez avec la complicité de Xavier Boussiron
Costumes : Juliette Chanaud
Lumières : Laurent Béal
Chorégraphie : Fabrice Ramalingom
Crédit photo : Giovanni Cittadini Cesi

Jusqu’au 12 novembre au Théâtre du Gymnase

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