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La Résistible Ascension d’Arturo UI, garde-fou politique ?

La Résistible Ascension d’Arturo UI – Effrayant de modernité… Dominique Pitoiset a passé le texte de Bertolt Brecht au scalpel pour couper la veine historique trop datée, sans toucher à l’artère principale auréolant la pièce d’un universalisme qui fait ressortir la « bête immonde » en tout homme.

Une catharsis collective, une prise de conscience comme une paire de baffes salutaire pour ouvrir les yeux avant de s’enfermer dans une logique du pire… La Résistible Ascension d’Arturo UI, mis en scène par Dominique Pitoiset, devrait bénéficier d’une diffusion nationale sur écran géant comme un électrochoc à grande échelle. La pièce de Maëlle Poésy, Ceux qui errent ne se trompent pas, à l’affiche du théâtre du Gymnase en novembre, prenait déjà une couleur particulière (celle du vote blanc). « La Résistible Ascension d’Arturo UI » enfonce le clou sans anesthésie pour bien réveiller les cerveaux.

Un théâtre engagé qui colle à l’actualité… Ce n’est donc pas étonnant de retrouver Philippe Torreton dans la distribution. Il incarne un Arturo Ui désespérément humain et donc doublement dangereux. La banalité du mal. Homme perfectible avant d’être monstre condamnable. Et si Torreton est sublimement épouvantable, il n’y a pas un comédien qui ne soit pas à célébrer dans cette ruée vers le pouvoir. Des comédiens qui jouent à faire de la politique, des politiques qui se croient au théâtre. Substitution de rôles dans le mentir-vrai…

La Résistible Ascension d’Arturo UI De Bertolt Brecht Traduit de l'allemand par Daniel Loayza Mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset Assistante à la mise en scène Marie Favre Avec Avec Philippe Torreton, Daniel Martin, Pierre-Alain Chapuis, Hervé Briaux, Nadia Fabrizio, Patrice Bornand, Gilles Fisseau, Adrien Cauchetier, Jean-François Lapalus, Marie Favre Costumes Axel Aust Assistante costumes Claire Marc Lumières Christophe Pitoiset Son Marie Charles Vidéo Benoît Rossel Durée : 2h Crédit photos : Cosimo-Mirco-Magliocca  Vu au théâtre du Gymnase  En tournée

Contemporanéité du texte

La satire dénonce, les mots ne pardonnent pas. Brecht, fraichement exilé aux USA en 1941, saisit sa plume à défaut de prendre les armes, et, à la façon géniale d’un Charlie Chaplin dans « Le Dictateur », taille un costard à Hitler et exécute point par point le nazisme et sa barbarie dans « La Résistible Ascension d’Arturo UI ». Transposition habile, Arturo Ui, avatar d’A.H, devient un Al Capone un peu totalitaire, chef de gang de caïds sans état d’âme, prêt à tout pour contrôler le cartel et neutraliser le peuple par la manipulation et la violence.

La rhétorique implacable pourrait sembler dépassée dans notre ère démocratique. Dominique Pitoiset a eu la malice de s’appuyer sur la nouvelle traduction et adaptation de Daniel Loayza, de gommer les références trop marquées au nazisme et de projeter des images et vidéos récentes de violences de la rue. Certaines phrases semblent être tirées des dernières affaires politiques. Un miroir grossissant qui soutire des rires sarcastiques au public, avec en arrière-plan une inquiétude qui se traduit par une triste évidence : Brecht dénonçait les extrêmes. Aujourd’hui, la gangrène s’est propagée dangereusement aux partis respectables. Les mécanismes du totalitarisme sont décortiqués. Reste à désamorcer le processus sans faire exploser le système.

La Résistible Ascension d’Arturo UI De Bertolt Brecht Traduit de l'allemand par Daniel Loayza Mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset Assistante à la mise en scène Marie Favre Avec Avec Philippe Torreton, Daniel Martin, Pierre-Alain Chapuis, Hervé Briaux, Nadia Fabrizio, Patrice Bornand, Gilles Fisseau, Adrien Cauchetier, Jean-François Lapalus, Marie Favre Costumes Axel Aust Assistante costumes Claire Marc Lumières Christophe Pitoiset Son Marie Charles Vidéo Benoît Rossel Durée : 2h Crédit photos : Cosimo-Mirco-Magliocca  Vu au théâtre du Gymnase  En tournée

Du coffre fort à la chambre froide

Quoi de plus normal pour réaliser l’autopsie d’une société en décomposition que de transposer la pièce dans une chambre froide où les cadavres sont encore chauds ? « La Résistible Ascension d’Arturo UI » impose son univers chirurgical et sanglant.

Une ouverture symbolique sur « Va, pensiero », le chœur des esclaves hébreux de Nabucco, de Verdi. La séquence filmée en 2011, à l’opéra de Rome montre le chef d’orchestre Riccardo Muti intimant les spectateurs à se lever et à chanter, en protestation à la politique de Silvio Berlusconi. Un geste puissant et dérisoire, un moment de grâce coupé d’un coup de télécommande par Arturo Ui, confortablement installé dans son fauteuil, dos au public. La violence n’a pas besoin de mots. En revanche, elle a sa musique : celle du groupe de métal allemand Rammstein qui déploie son énergie brute pendant les intermèdes et propulse le public dans un bain de violence hypnotique. Le spectateur assiste, mi-complice mi-victime, à l’ascension programmée d’Arturo Ui jusqu’à un point de non retour où il revient à chacun de décider de la route à suivre.

La Résistible Ascension d’Arturo UI
De Bertolt Brecht
Traduit de l’allemand par Daniel Loayza
Mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset
Assistante à la mise en scène Marie Favre
Avec Avec Philippe Torreton, Daniel Martin, Pierre-Alain Chapuis, Hervé Briaux, Nadia Fabrizio, Patrice Bornand, Gilles Fisseau, Adrien Cauchetier, Jean-François Lapalus, Marie Favre
Costumes Axel Aust
Assistante costumes Claire Marc
Lumières Christophe Pitoiset
Son Marie Charles
Vidéo Benoît Rossel
Durée : 2h
Crédit photos : Cosimo-Mirco-Magliocca

Vu au théâtre du Gymnase

En tournée

 

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