Théâtrorama

King Size de Christoph Marthaler

Du boulevard au burlesque, l’amour se compose à deux voix et se décompose au fil du temps.

Le metteur en scène suisse Christoph Marthaler nous offre un récital au bord du lit, comme une musique de chambre moderne où l’oreille musicale a autant d’importance que l’oreiller. Le couple devient un duo… monogame aux notes enharmoniques, qui est, précise Christoph Marthaler, « une technique de composition musicale qui permet d’écrire un même son, à la même hauteur, de deux manières différentes et donc avec deux fonctions différentes, à l’image du sol dièse et du la bémol ». Une fantaisie à l’humour kitch size et à l’amour extra large.

La scène s’ouvre sur un décor de chambre d’hôtel, dans les tons bleu-vert, d’un kitchissime délicieux. Il restera en plan fixe avec ce papier peint fleuri imprimant sa marque de vieux vaudeville où le mari, l’amant et la femme se croisent en rythme. Le lit king size, intégré dans une alcôve, devient une scène dans la scène avec de nombreux moments de… café théâtre allongé.

Pendant que le public s’installe, un homme dort paisiblement sur ce king size imposant. Il continuera de somnoler pendant une longue annonce de pré spectacle qui sort de l’usage pour nous recommander de laisser notre téléphone portable allumé, de froisser le papier de nos bonbons et de tousser sur tous les tons. Une annonce répétée dans toutes les langues comme un préambule à la loufoquerie décalée qui nous attend.

Virtuosité de l’absurde

King SizeLa pièce commence en quiproquo. L’homme roupillant de bon cœur, qui se réveille, va prendre sa douche et s’habille en chantonnant, n’est autre que le musicien. Talentueux Bendix Dethleffsen qui finit par rejoindre son piano. Faux départ posant les jalons de cet univers où l’absurde fait tomber les clichés du simple boulevard. Le couple enamouré fait son entrée sur scène, habillé en domestique, pour reprendre bien vite leur tenue de bourgeois. Le medley mélange Bach, Bobby Lapointe, Polnareff, de la pop comme du baroque, et s’enchaîne au fil d’une histoire à l’eau de rose qui se délite comme une fleur du papier peint qu’on effeuille.

King Size
King Size a des faux airs de foutoir savamment organisé. La maîtrise vocale de Tora Augestad et Michael von der Heide, en gage de qualité pour accompagner des gags qui contribuent à désaccorder cette enharmonie parfaite. Trois personnages dans ce ménage composé et une vieille dame à l’allure de reine d’Angleterre, se posant dans le décor comme une cerise sur la tarte à la crème. L’Ovni dramaturgique, interprété par la truculente Nikola Weisse, se balade sur scène avec son sac de Mary Poppins, rempli de secret, créant un poil à gratter théâtral qui démange un peu plus l’hilarité du public. Le spectateur se régale de ces facéties de mise en scène et de ces chorégraphies burlesques accompagnant ce tour de chant. Il y a des histoires à tiroir. Christoph Marthaler, lui, crée une intrigue de placards. King Size rebondit dans tous les sens pour retomber toujours sur ses pattes, comme si la légèreté était le meilleur remède à la gravité.

King Size
Mise en scène : Christoph Marthaler
Direction musicale Bendix Dethleffsen
Scénographie Duri Bischoff
Dramaturgie Malte Ubenauf
Costumes Sarah Schittek
Lumière Heidevoegelinlights
Avec Tora augestad, Bendix Dethleffsen, Michael von der Heide, Nikola Weisse
Durée : 1h20
Spectacle en allemand surtitre en français

Création en mars 2013 au Théâtre de Bâle

Vu au Théâtre du gymnase à Marseille

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