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« Enterrer les morts et réparer les vivants »

Réparer les vivants – Emmanuel Noblet Réparer les vivants – Emmanuel Noblet nous entraine dans une épopée du cœur, entre montée d’adrénaline et mécanique du corps. Le roman de Maylis de Kerangal devient une pièce pulsative palpitante qui saisit l’humanité à vif.

Le calme avant la tempête, la vie qui valse sur une dernière vague… Un point de départ en apologie de la jeunesse. Simon, 19 ans : il aime la vie, le surf et Juliette avec qui il s’est un peu disputé avant de rejoindre ses potes pour aller surfer à 5h du matin. Sportif en quête de sensations fortes. Un jeune homme plein de vie… Jusqu’à l’accident de voiture absurde qui envoie la voiture dans un poteau dans une violence qui rappelle la fragilité des corps qui avaient pourtant résisté à celle de la mer. Amalgame de tôle et de chair dans une mutation mutante. La bande de potes solidaire dans la casse. Mais, jeu de chaises musicales cruelles, celui qui n’a pas de ceinture de sécurité est celui qui ne survit pas. Un pare-brise pris de plein fouet, hémorragie interne, cerveau en bouillis, mort cérébrale.

L’encéphalogramme est plat, mais le cœur bat artificiellement. L’existence de Simon s’est arrêtée, mais ses organes peuvent se transmettre pour aider d’autres à vivre. Dans ce drame qui propulse les parents du jeune homme dans une tragédie du vide, une fourmilière d’ouvriers des corps s’active sans prendre de pause. Réparer les vivants devient un hommage pudique à ce monde hospitalier qui se relaie sans cesse pour sauver des vies dans un sacerdoce encadré de procédures administratives, d’ego de mandarins vivant en huis clos codifié et d’engagement sans limite. La question du don d’organes devient une urgence. Parler de don à ceux qui viennent de vivre une perte. Parler de réparer un autre corps, là où l’on se prépare à enterrer celui qui nous est cher. Les parents donnent leur consentement. Le compte à rebours commence. Un marathon médical comme une course de relais se déroule sans faillir dans un rythme infernal.

Réparer les vivants – Emmanuel Noblet

Réparer les vivants : Greffe réussie

Emmanuel Noblet touche au cœur… Transplanter un roman en pièce est souvent une opération délicate. L’interprète a su conserver la veine émotionnelle des mots de Maylis de Kerangal en s’appuyant sur une narration descriptive qui le transforme en conteur de cette quête du Graal où l’humain devient sacré. Seul en scène, il donne vie à tous les personnages, sans avoir à forcer le trait. Une subtilité qui se retrouve au bloc où la voix se fait murmure pour un cœur qui bat dans une deuxième naissance. Du récit monocorde, l’accident fait basculer dans une épopée qui lie les protagonistes dans un tempo sans temps mort. Des voix off lui donnent la réplique pour entretenir ce rythme haletant, et s’accorder dans cet espace en réseau de solidarité.

Le public est projeté dans l’histoire qui devient une réalité fiction où chaque minute compte. Deux chaises et un drap pour tout décor, Emmanuel Noblet nous embarque dans cette aventure humaine où le don d’organes est au centre de la réflexion. Il signe une mise en scène épurée qui fait respirer le texte pour lui donner un souffle qui résonne bien au-delà de la scène. À la façon des documentaires fiction, un écran affiche au fil du récit des précisions, des informations, sur un sujet de société qui concerne chacun et qui renvoie le spectateur à ses propres convictions. La performance d’Emmanuel Noblet devient un partage qui redonne ses lettres de noblesse au spectacle vivant.

Réparer les vivants
D’après le roman de Maylis de Kerangal
Adaptation, mise en scène Emmanuel Noblet
Avec Emmanuel Noblet
Avec les voix de Maylis de Kernagal, Alix Poisson, Vincent Garanger, Benjamin Guillard, Constance Dollé, Stéphane Facco, Évelyne Pelerin, Anthony Poupard, Olivier Saladin, Hélène Viviès
Collaboration artistique Benjamin Guillard
Eclairagiste et vidéaste Arno Veyrat
Créateur son Sébastien Trouvé
Designer sonore Cristián Sotomayor
Crédit photos : Aglae Bory

Au théâtre des Bernardines jusqu’au 21 janvier

 

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