Théâtrorama

Festival Actoral – Aneckxander

Aneckxander de Alexander Vantournhout et Bauke LievensAneckxander – « Et ce fut comme une apparition » dit Frédéric Moreau à propos de sa rencontre avec Mme Arnoux. Il en est de même avec l’entrée en scène Alexander Vantournhout : en costume noir, avec sous le bras un synthétiseur, une collerette style Renaissance, une paire de plateform shoes et autour du cou deux gants de boxe. Et là, dès le début, la première inspiration commune, on est captivés.

Au sol, un tapis de danse, qu’il soulèvera par une laie. En un Aneckxander de Alexander Vantournhout et Bauke Lievensinstant, il le porte à sa hauteur, le laisse retomber et il apparaît alors nu. Il entre dès lors dans une écriture ciselée, soutenue par la dramaturgie forte de Bauke Lievens. Il s’accroupit devant le synthétiseur et y joue un air d’Arvo Part. C’est cette ligne mélodique toute simple qui reviendra comme un leitmotiv tout au long de la pièce. Les gestes seront répétés, déclinés, dans une longue variation entrecoupée de reprises, de chutes au sol, de figures acrobatiques. Il recommence, dans un va-et-vient constant, retournant à l’instrument, il y développe la mélodie, puis revient au centre, attend et reprend sa variation. A chaque fois qu’il se pare des accessoires qu’il a emportés avec lui, il s’entrave. Mais il ne renonce jamais, et exécute sans cesse les mêmes gestes, prêts à en découdre avec ce réel si puissant. Le souffle se fait court, le corps souffre, le bruit des chaussures martèle la chute comme pour en souligner la dureté.

Aneckxander – autobiographie tragique du corps

Aneckxander de Alexander Vantournhout et Bauke LievensComme étonné d’être là, surpris d’être à la fois sujet et objet du regard, le performer sourit à l’assistance. C’est à ce moment précis, fugace, que le spectacle entre pleinement dans la performance. Dénudé des atours qu’il a portés jusque là, dans une pénombre qui nait après que les projecteurs au sol ont pris feu, Alexander/Aneckxander s’offre crûment au regard. Il n’est plus que lui, dans un lien fort et sensible, tendu à l’extrême tout prêt de rompre. Se penchant au plus loin, étirant son trop long cou (c’est de là que viendra le jeu de mots, titre du spectacle), ou bien tirant sur sa langue jusqu’aux fous rires du public qui comprend que ce n’est qu’un postiche.

En convoquant des pratiques corporelles tout à fois extrêmes et identitaires, Alexander Vantournhout interroge notre rapport aux corps, à ses représentations. Sous-titré autobiographie tragique du corps, la performance nous entraine dans un catalogue raisonné des usages de nos corps, de notre désir de le voir être possédé, par nous et les autres. Et surtout il tend un miroir à nos solitudes, nos quêtes de nous-mêmes façonnés par le regard des autres, celui qu’ils nous portent et celui que l’on espère. Cherchant à les impressionner, dans une course folle à susciter l’admiration, et au fond l’amour.

Aneckxander
Conception : Alexander Vantournhout, Bauke Lievens
Dramaturgie : Bauke Lievens
Aide à la dramaturgie : Dries Douibi, Gerald Kurdian
Regard extérieur : Geert Belpaeme, Anneleen Keppens, Lore Missine, Lili M. Rampre
Technique : Tim Oelbrandt, Rinus Samyn
Musique : Arvo Pärt
Costumes : Nefeli Myrtidi, Anne Vereecke
Interprétation : Alexander Vantournhout
Durée : 55 minutes
Crédit photos : © Bart Grietens

Vu dans le cadre du Festival MIMOS

Au Théâtre des Bernardines les 04 et 05 octobre pour le Festival Actoral

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest