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30/40 Livingstone

30/40 LivingstoneSuccès du Festival Off d’Avignon 2014, cette fable effervescente offre une exploration de l’intime décapante de fantaisie. Écrite, mise en scène et interprétée par le duo complice Sergi López et Jorge Picó, la pièce revient au Théâtre des Bernardines, à Marseille, pour quelques dates…

L’un est muet (normal pour un cerf), l’autre pas. La rencontre devient une quête où la découverte de l’autre permet de se reconnaître et de se trouver soi-même. Une petite parcelle d’humanité dans cet animal mythique de cerf qui marche sur deux pattes et joue au tennis. Déjantés et attachants, les deux comédiens proposent au public une parenthèse burlesque qui nous interroge, l’air de rien, sur des points de société qui titillent notre éthique.

Le récit commence comme un conte initiatique. Une prise de conscience d’un jeune homme qui veut donner un sens à sa vie, même s’il contenue de chercher pour savoir quelle direction adopter. Une prise d’indépendance face à un père, amorphe dans son fauteuil et ses habitudes, les yeux rivés vers un match de tennis, sa seule grande passion. Entre une envie de couper le cordon ou de resserrer les liens, le fils finit par partir pour prendre son envol et devenir un aventurier de l’existence. Il se retrouve alors dans un espace irréel, sorte de forêt de Brocéliande où tout devient possible. Là, il fait la rencontre d’un cerf qui le place face à ses propres peurs. Les deux finissent par s’apprivoiser… se cerner sans certitude.

Sergi au pays des merveilles

Un jeu de lumières chaudes qui semble projeter l’espace dans un univers parallèle… Livingstone innove dans la science-fiction théâtrale. Pourtant, ici, pas d’effets spéciaux, ni d’artillerie lourde. Juste le travail du corps qui prend tout son sens pour ces deux disciples de Jacques Lecoq. Jorge Picó compose un cerf à la fois drolatique et charismatique, qui aurait toute sa place dans les films de Tim Burton. Quant à Sergi López, bouillonnant et exaltant, il surprend par une gestuelle proche de la chorégraphie et un jeu fascinant qui laisse exploser toutes les facettes de son talent. Facétieux dans la farce, pitre dans ce duo de Laurel et Hardy, il se transforme en personnage de thriller menaçant  où sa joyeuse bonhommie fond d’un coup pour glacer le public.

livingstoneUne logorrhée quasiment ininterrompue pendant 1h15 qui interroge, plaisante, révèle les doutes et les désirs de cet ethnologue parti dans une exploration intérieure, qui l’emmène dans les contrées inconnues de son subconscient. Du cerveau au cerf, il n’y a qu’un pas, sans asservissement. Mais loin de rester une glose cérébrale, le corps donne le la et reprend sans concession toutes ses lettres de noblesse. Un corps libre qui s’exprime, mais qui reste menacé par le fauteuil qui trône sur scène en symbole d’inertie et du poids des conventions. Un fauteuil piège qui change la personnalité de celui qui s’y risque. Livingstone, living stone… La pièce fait passer de l’autre côté du miroir où le reflet peut vite devenir une réalité.

30/40 Livingstone
Texte, mise en scène, interprétation : Sergi López et Jorge Picó
Son & Lumière : Anna Boix
Création musicale : Oscar Roig
Costumes : Pascual Peris
Durée du spectacle : 1h15
Crédit photo : David Ruano

Jusqu’au 19 mars au Théâtre des Bernardines

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