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Momo, mot à mot

Momo, un dialogue de sourd qui fait du bruitMomo, l’absurde prend tout son sens… Une pièce de Sébastien Thiéry ressemble souvent à un puzzle déjanté dont tous les éléments ne s’emboitent pas forcément, pour laisser au public le choix de poursuivre après les points de suspension. Momo replace l’identité au cœur de la trame. Mais là où la chute de Qui est monsieur Schmitt ?  traçait en pointillés les limites du genre, Momo touche au cœur.

Basculer dans l’irrationnel dès les premières minutes… Comment un couple bourgeois sans histoire, englué dans les habitudes du quotidien, se retrouve projeter dans une mésaventure qui va bouleverser leur existence. Tout commence au supermarché avec une boîte de Chocapic… Un individu suspect force le caddie du M. Prioux. Attitude menaçante, malentendu épisodique, le fait-divers se conclut par une subtilisation des courses du couple qui rentre bredouille et vexé dans leur confortable appartement. Mais le répit est de courte durée et la surprise de taille quand il retrouve le fou furieux installé chez eux. Fou furieux car il s’exprime dans un sabir incompréhensible qui place le couple sur la défensive. Fou furieux car il prétend être, à 40 ans, le fils des Prioux… Sauf que le couple n’a jamais eu d’enfant.

Momo, secret de famille et énigme patronymique

Le « momo » à la sonorité métallique, cache en fait un « maman » prononcé par un sourd-muet. Patrick, le fils supposé des Prioux, avait déjà du mal à se faire entendre. Son handicap, qui module ses vocables, le rend encore un peu plus étranger à ses « parents » traçant une frontière invisible où le langage devient un mur contre lequel le couple bloque.

Momo, un dialogue de sourd qui fait du bruit

Carte d’identité sans X

Un mur que la mère d’élection va finalement franchir pas à pas, comme une conversion qui l’ouvre peu à peu à l’autre (la famille, ce microcosme de la société). Situations drolatiques, dialogues décalés, Momo fait mouche évidemment grâce au quatuor magistral des comédiens. Le duo Muriel Robin et François Berléand, complices et convaincants dans leurs rôles de géniteurs par surprise. Du rire, beaucoup, et une belle dose d’humanité qui s’exprime dans une subtile sensibilité où Muriel Robin excelle. Et puis Sébastien Thiéry dans le rôle du fils prodigue pas prodige et qui réalise une performance d’acteur, qui, loin de ridiculiser un handicap, le déplace pour ouvrir un champ de réflexion égratignant gentiment les liens du sang. Nini Lavallée, qui incarne Sarah, la fiancée impromptue de Patrick, ne dépareille pas dans le jeu.

De l’absurde à l’abscons, Momo mue en pièce à l’émotion grinçante. L’imprévu vient déloger le couple embourgeoisé dans ses certitudes et son ennui tout confort pour le rendre de nouveau vivant dans une joyeuse anarchie et une vibrante cacophonie gutturale comme un cri du cœur.

Momo
Texte : Sébastien Thiéry
Mise en scène : Ladislas Chollat
Assistant à la mise en scène : Éric Supply
Avec Avec Muriel Robin, François Berléand, Sébastien Thiéry, Ninie Lavallée
Scénographie : Édouard Laug
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Musique : Frédéric Norel
Lumières : Alban Sauvé
Crédit photo : C Nieszawer
Durée : 1h40

Vu au Silo à Marseille

 

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