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La Nostalgie du futur – mise en scène : Catherine Marnas

La Nostalgie du futurUn électrochoc en ouverture de saison du Théâtre National de Bordeaux… Catherine Marnas, la directrice du TNBA, tire la substantifique moelle des écrits de Pasolini, entrelacés de textes du philosophe Guillaume Le Blanc, pour donner corps à un soulèvement des consciences qui mène à une indignation collective…

La Nostalgie du futur en modernité du passé… Pier Paolo Pasolini le subversif, cerné dans toute sa subtilité versatile pour résonner sur la scène du TNBA dans une impressionnante prescience. Loin de se résumer à un condensé concentrique de sa pensée, Catherine Marnas construit la pièce dans une mise en abyme vertigineuse – idéale pour nous laisser entrevoir l’horizon du gouffre qui nous attend en guise d’avenir – qui mêle des entretiens du réalisateur, des extraits de films, de musique, dans un canevas en feuille de route qui croise le chemin de deux personnages imaginés par Guillaume Le Blanc, deux clochards célestes, incarnant un mix entre les personnages de Beckett et de Chaplin, plongés dans une errance existentielle et téléportés dans l’univers en bribes de Pasolini.

La disparition des lucioles

Coïncidence de l’actualité : samedi 13 octobre, la marche pour le climat a rassemblé des milliers de bordelais et a mobilisé une foule engagée dans toute la France. Une préoccupation environnementale qui taraudait déjà Pasolini dans les années 60, la pollution de l’eau et de l’air étant responsable de la fulgurante disparition des lucioles. Écrivain visionnaire, Pasolini a décortiqué au scalpel les ressorts d’une société dérivant vers un matérialisme fauchant les laissés-pour-compte de la consommation à outrance. Analyse presque prophétique sur fond de balade en poésie politique, La Nostalgie du futur se transforme en manifeste qui fait souffler un vent de révolte humaniste sur la scène théâtrale du TNBA.

Une révolte qui commence par une lutte muette en corps à corps, force brute qui finit par laisser la place à la violence maîtrisée des mots. Mots issus des textes de Pasolini, mis en relief notamment par le procédé d’interview fictive, mots des comédiens en répétition qui discutent et se disputent dans une rhétorique qui tourne en slam incisif où les voix se rassemblent à l’unisson pour faire vibrer la salle. Une scène qui fait basculer le spectacle, voguant jusqu’alors en balade poétique et évocation en saynètes à l’italienne, dans une dimension où la nostalgie mute en énergie d’un futur à dessiner. Le plateau en no man’s land où gît une carcasse de bateau qui a trop voyagé mais dont la charpente ne demande qu’à être consolidée, et où les panneaux projettent des extraits de films et des images, devient ce lieu des possibles où les lucioles sont des électrons libres générateurs d’idées, où l’énergie d’une danse endiablée en tarentelle est une promesse de changement et où la poésie fait rimer errance avec espérance.

La Nostalgie du futur
Textes : Pier Paolo Pasolini & Guillaume Le Blanc
Mise en scène : Catherine Marnas
Avec Julien Duval, Franck Manzoni, Olivier Pauls, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon
Scénographie : Carlos Calvo
Son : Madame Miniature, assistée de Jean-Christophe Chiron
Lumières : Michel Theuil, assisté de Clarisse Bernez-Cambot Labarta
Costumes : Edith Traverso, assistée de Kam Derbali
Création vidéo : Ludovic Rivalan, assisté d’Emmanuel Vautrin
Durée : 1h35
Crédit photos : Sébbastien Husté

Dans le cadre du FAB, le Festival international des arts de Bordeaux Métropole.

Jusqu’au 25 octobre au TNBA de Bordeaux

 

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