Théâtrorama

Entre les dorures et les fauteuils rouges du Théâtre royal du parc d’un côté et le décor de science-fiction déployé sur scène de l’autre, le contraste est saisissant. L’adaptation du célèbre roman 1984 de George Orwell permet de changer d’air, d’univers, et ce, en un rien de temps. Instantanément, le spectateur se trouve propulsé dans l’environnement futuriste et totalitaire où évolue Winston Smith. L’homme travaille au ministère de la Vérité, mais n’adhère pas du tout à sa propagande. Bravant toutes les lois, il commence à écrire son journal intime, pour mettre des mots sur sa révolte intérieure. Cette décision le mènera à sa perte, mais Winston Smith jouira malgré tout, à la différence de ses concitoyens, de certains plaisirs interdits par le régime – comme celui de goûter à l’amour. Un sacrifice qui en vaut certainement la chandelle. 

De l’importance des mots

Thierry Debroux n’est pas le premier à s’être essayé à l’adaptation sur les planches de ce grand classique du genre du roman d’anticipation. La manière dont la figure allégorique de Big Brother, ce système de surveillance généralisé mis en place par le gouvernement, est symbolisée est particulièrement intéressante à analyser. Thierry Debroux et le metteur en scène Patrick Mincke ont opté pour un ingénieux système de projection de lumières qui permet de faire apparaître sa figure en trois dimensions. Aucun doute alors : Big Brother is watching you. Les décors soignés, montés en plusieurs étages, accentuent aussi le sentiment d’écrasement : rien, ni les images (à cause des télécrans) ni même les sons, n’échapperont au Parti. Ce dernier s’acharne aussi à effacer la mémoire des citoyens et à détruire la langue, allant jusqu’à modifier les entrées du dictionnaire (un passage du livre très bien racontée sur scène). Alors qu’à l’approche des élections européennes, le débat enfle autour des « fake news », ces informations mensongères délibérément biaisées, 1984 donne à méditer sur l’importance des mots, à la manière dont il faut les manier, les disperser. Et ces réflexions sont loin d’être inutiles.

  • 1984
  • De Thierry Debroux
  • D’après George Orwell
  • Mise en scène : Patricke Mincke
  • Avec Perrine Delers, Julie Dieu, Béatrix Ferauge, Fabian Finkels, Muriel Legrand, Pierre Lognay, Guy Pion. Les enfants Ava Debroux, Laetitia Jous ou Babette Verbeek
  • Crédit photo : Zvonock 
  • Vu au Théâtre royal du parc

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