Théâtrorama

Laïka d’Ascanio Celestini

Laïka – Chacun son espace. David Murgia occupe le sien, sur les planches du Théâtre National, avec brio et bienveillance.

« 3 novembre 1957, à 2h30 du matin, du cosmodrome soviétique de Baikinour, on envoie dans l’espace la chienne Laïka », entame David Murgia, grave, sur la scène du Théâtre National à Bruxelles. La scène est sombre, au fond bientôt un rideau s’ouvrira, laissant voir, et surtout entendre, l’accordéoniste Maurice Blanchy. Il accompagnera l’acteur jusqu’aux derniers mots d’un texte fort, puissant, poignant. Mais au commencement, il n’y a que David Murgia sur scène. Il en vient rapidement au fait : « Si c’est vrai que Dieu est dans le ciel, ce jour-là, l’être vivant le plus proche de Dieu était un chien. » Mais ce n’est pas tant l’histoire de Laïka que le comédien belge veut nous conter. Et cela se sent. Il demande : « Vous voulez que je vous parle du clochard, qui n’a pas toujours été clochard, car avant il était manutentionnaire ? » Sans attendre de réponse de la part de quiconque, il entame son récit. Un récit, on l’a dit, fort puissant et poignant, puisqu’il laisse peu de temps à la respiration, puisqu’il prend aux tripes, puisqu’il résonne dans tous les esprits. Il n’y a pas que le clochard, il y a tout un tas d’autres personnages dont David Murgia se fait le porte-parole. Des éclopés de la vie, pour la plupart, qui pourtant n’ont jamais perdu le goût de se battre.

Laïka avec David Murgia

Ils ne sont pas des fantômes

La nourriture de Laïka prenait la forme de gel. Pas de croquettes. David Murgia est pédagogue, nous en dit beaucoup sur cet animal qui trouve aujourd’hui sa place dans les livres d’Histoire. Les hommes et les femmes dont il nous parle – le clochard, ses collègues manutentionnaires, la prostituée, la vieille, la voisine de la vieille – n’auront pas cet honneur. Et pourtant, il nous en donne, aussi, des détails à leur propos. Leur vie, leurs habitudes, leurs combats deviennent les nôtres. Car leur quotidien se résume à cela : lutter contre l’injustice, l’exclusion. Le ton qu’emploie David Murgia ne laisse pas de doute : il parle vite, comme si s’exprimer était un devoir, qu’il fallait raconter ces gens-là pour les faire exister. Non, ils ne sont pas des fantômes. Et toujours cet accordéoniste, qui fait entrer et sortir le vent de son instrument dans une rengaine plaintive. Ce sont des histoires de vie, des histoires de tous les jours, des histoires qui « pourraient nous arriver à tous ». C’est cela que la salle retient, après avoir retenu son souffle pour parvenir à encaisser le flot de paroles, à contenir la vitesse du monologue. Une heure et quelques minutes à peine, un chien dans l’espace, un artiste bien présent sur scène – et des réflexions à n’en plus finir sur l’exclusion, le rapport à l’autre, l’humain. Sur la vie, version Celestini.

 

Laïka
Texte et mise en scène : Ascanio Celestini
Avec David Murgia et Maurice Blanchy (à l’accordéon)
Photo : Dominique Houcmant/Goldo

Vu au Théâtre National à Bruxelles

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