Théâtrorama

Cabaret

Une rentrée théâtrale sous le signe de la transgression au Théâtre National… Le cabaret abolit les frontières et les genres pour offrir ici un espace de libre expression, qui transcende les époques. Plus qu’une adaptation de plus, le metteur en scène Michel Kacenelenbogen s’amuse avec son cas barré scénique.

« Willkommen, Bienvenue, Welcome ! » Si le film de Bob Fosse a immortalisé Cabaret au cinéma en 1972, avec la divine Liza Minnelli dans le rôle de Sally Bowles, l’histoire est tirée d’un recueil de nouvelles de Christopher Isherwood, qui élargit l’angle de la dramaturgie. Le Berlin effervescent des années 30 pétille de créativité. Mais à défaut de trouver l’inspiration, le jeune écrivain américain Cliff Bradshaw, plonge dans la bulle du Kit Kat Klub et s’enivre dans les bras de sa muse aux mœurs aussi légères qu’une plume. La légèreté délicieusement décadente du cabaret sera plombée peu à peu par la montée du nazisme, qui obscurcit l’horizon pour imposer le chaos.

« Life is a cabaret, old chum, come to the Cabaret ! »
L’air a un petit goût de subversion et la formidable énergie brute qui se dégage de la scène provient aussi bien de l’orchestre, installé sur une plateforme pour prendre encore plus de hauteur, et dirigé par Pascal Charpentier, que par la vitalité de la quinzaine de comédiens, chanteurs et danseurs qui nous invitent au Kit Kat Club. Le maître de cérémonie, interprété avec enthousiasme par Steve Beirnaert, mène la danse en monsieur Loyal, fidèle à ses convictions, où la morale et la bienséance restent en coulisse. L’univers s’imprègne du burlesque qui renverse les valeurs et où les plaisirs de la chair sont fêtés dans une orgie généralisée, qui donne envie de se joindre aux réjouissances. Les chorégraphies de Thierry Smits flirtent avec l’irrévérence qui exulte dans une parfaite confusion des genres. Le monde de la nuit libère tous les instincts.

Derrière les paillettes, se tissent, en patchwork, les histoires qui s’entremêlent dans une toile de fond fasciste. À côté du couple explosif, formé par Cliff (Baptiste Blampain) et Sally, remarquable Taïla Onraedt à fleur de peau, l’émotion et la drôlerie adoucissent le ton avec les aventures de Herr Schultz, facétieux Guy Pion, et Fraulein Schneider, la logeuse de Cliff, interprétée par la vibrante Delphine Gardin. De l’ombre à la lumière, le piège du nazisme semble se refermer sur la ville. La violence monte comme un mauvais rêve et les personnages souriants révèlent leur côté obscur, dans une deuxième partie plus sombre. La politique du pire peut s’installer dans un système bien huilé, s’appuyant sur des mécanismes sociologiques, qui tendent à se répéter dans le temps en résonances discordantes, comme le rappelle le metteur en scène : « « Mon » cabaret voudrait être un spectacle d’incitation à la transgression et à la vigilance. Vigilance, car aujourd’hui, comme hier nous avons tendance à rechercher des boucs émissaires. D’ailleurs, aujourd’hui comme hier, on nous agite sous le nez des épouvantails qui cultivent la peur et nous détournent de l’essentiel : vigilance, donc, car il semblerait que le contexte soit propice à entrainer les foules vers de mauvaises solutions. » L’art en résistance…

Cabaret
Livret : Joe Masteroff | Musique: John Kander | Paroles : Fred Ebb | D’après la pièce de John Van Druten et l’histoire de Christopher Isherwood | Traduction et adaptation : Hélène Catsaras, Lou Kacenelenbogen, Michel Kacenelenbogen et Mirabelle Santkin | Mise en scène : Michel Kacenelenbogen | Assistante à la mise en scène : Helène Catsaras | Assistante artistique : Lou Kacenelenbogen | Directeur Musical : Pascal Charpentier | Assistante Direction musicale : Julie Delbart | Chorégraphe : Thierry Smits | Assistant Chorégraphe : Nitay Lehrer | Lumières : Laurent Kaye | Scénographie : Vincent Lemaire | Costumes : Chandra Vellut | Ingénieur Son : Marco Gudanski | Maquillage : Bernard Floch | Coiffures : Thierry Pommerell | Conseiller technique : Maximilien Westerlinck | Avec : Taïla Onraedt (Sally), Steve Beirnaert (Emcee), Baptiste Blampain, Guy Pion, Delphine Gardin, Daphné D’Heur, Nitya Fierens, Jolijn Antonissen, Leonor Bailleul, Antoine Guillaume, Steven Colombeen, Damien Locqueneux, Bruno Mullenaerts, Floriane Jamar, Anthony Sourdeau, Sarah Delforge | Trompette : Pauline Leblond / Saxo Alto : Gilles Carlier / Saxo Tenor : Mathieu Najean / Trombone : Julien Guilloux / Basse : Cédric Raymond / Piano : Julie Delbart / Percussions : Toine Cnockaert / Guitare, Banjo : Jo Mahieu | © Bruno Mullenaerts.
Du 11 septembre au 01 octobre et reprise du 27 novembre au 07 décembre avant le début de la tournée.

Théâtre National – Bruxelles

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