Théâtrorama

Le répertoire de l’Âge d’or, dépoussiéré par Axel De Booseré et Maggy Jacot, pour faire revivre les pages d’un cabaret qui a animé les grandes heures de l’Histoire.

Cabaret du bout de la nuit s’inscrit dans le prisme des commémorations de la Première Guerre mondiale, pour apporter un angle festif en surface, mais ne cachant rien d’une époque troublée, qui a projeté l’Europe dans une guerre des tranchées. Du music-hall qui entrouvre les coulisses de l’Histoire, comme une machine à remonter le temps.

Un scénario en patchwork qui fait appel aux succès des années 1900, avec des auteurs-compositeurs comme Harry Fragson, qui ouvre le spectacle par une douceur poétique offrant un moment de grâce et de répit avant le plat de résistance. Place à un cabaret qui va au-delà du distrayant, pour faire une piqûre de rappel aux spectateurs qui auraient oublié les mœurs d’une époque pas si lointaine. Derrière le show comique et coloré apparaît en filigrane la xénophobie, le paternalisme qui trimballe ses clichés machistes, le nationalisme qui fait planer l’ombre de la guerre. Les saynètes s’entremêlent en divertissement qui rafraîchit les souvenirs, empruntant au registre classique avec des scènes de la pièce de Feydeau On purge bébé. Mais loin de rester dans la reconstitution, ce cabaret du bout de la nuit offre une perspective qui invite le public à la réflexion.

Un Cabaret au second degré
Sur scène : cinq musiciens, dirigés par Marc Hérouet et installés sur une rampe inclinée côté jardin. Sept comédiens chanteurs enchaînent les numéros avec une énergie contagieuse qui se déploie dans une scénographie majestueuse. Une mention spéciale pour Ambre Grouwels, qui ravit le public par ses prestations et sa fantaisie. Les chansons fredonnées par nos grands-parents reprennent vie dans une réalité qui semble aujourd’hui à la fois désuète et immuable. Créativité des décors et des costumes qui projettent le spectateur dans un univers qui balance entre poésie et burlesque.

De la ritournelle amoureuse aux lieux communs vaudevillesques du mari, de la femme et de l’amant, de l’évocation de la misère qui laisse la voix aux bas-fonds des faubourgs jusqu’aux revendications politiques, le Cabaret d’Axel De Booseré et Maggy Jacot reflète la société d’une Belle Époque qui s’effrite dans ses contradictions. Les personnages flirtent avec la démesure et un univers de cartoons, pour s’extraire ainsi d’une temporalité cloisonnée. Derrière la légèreté apparente se profilent des sujets plus denses, subtilement suggérés par un décalage habile de la mise en scène qui permet de prendre ses distances avec les clichés exécrables de l’époque aux relents colonialistes. Un humour grinçant se dégage pour élargir les frontières d’un cabaret classique et toucher ainsi une frange plus jeune du public qui découvre les travers d’une période trouble où le drame se fond dans la comédie.

Cabaret du bout de la nuit
Conception : Axel De Booseré & Maggy Jacot
Direction musicale : Marc Hérouet
Scénographie-costumes : Maggy Jacot
Chorégraphies : Darren Ross
Assistanat à la mise en scène : François Bertrand
Assistanat à la scénographie : Rüdiger Flörke
Avec Mireille Bailly, François Bertrand, Didier Colfs, Isadora De Booseré, Bruce Ellison, Fabian Finkels, Ambre Grouwels, Jean-Luc Piraux
Musiciens : Piano – clavier – accordéon – percussions :Marc Hérouet | Batterie – percussions : Jean-Luc Vanlommel|Trompette – chœurs : René Desmaele | Saxophone – clarinette: Pierre Spataro | Basse électrique et acoustique : René Stock
Crédit Photos : Lou Hérion

Au Théâtre National jusqu’au 15 novembre

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