Théâtrorama

Huis clos pervers au bureau dans un crescendo cruel sans temps mort…

Dissection salariale ou comment une employée passe sous le scalpel de ses collègues. Hard copy analyse avec une minutie d’horloger maniaque le harcèlement moral. Quand la logique de groupe mène au déchainement de meute sacrificiel.

Quatre copies conformes, quatre femmes qui incarnent les valeurs de leur époque et ont intégré inconsciemment les stéréotypes acceptables comme des codes intrinsèques de la société pour faire partie du clan. Une voix off pose les personnages comme un conte qui commence. Belle, Douce, Blanche et Rose ont des vies interchangeables qui se résument en trois phrases. Femmes modernes qui jonglent entre un mari, deux enfants, – un garçon de 12 ans et un bébé fille – un travail, et l’envie d’afficher un bonheur idyllique sans faux pli, comme le petit tailleur rouge qu’elles enfilent sur scène. C’est l’entente parfaite pour la bande des quatre qui partage leur quotidien dans un open space propice aux échanges amicaux qui renforcent l’unité de groupe. Mais il suffit d’une remarque maladroite de Rose pour faire déraper la mécanique bien huilée qui révèle des dysfonctionnements endémiques et des failles fatales au système.

Destruction programmée
Si le texte d’Isabelle Sorente est aussi acéré qu’une lame de rasoir qui va entailler les certitudes de Rose et la triturer dans une torture morale progressive, la mise en scène d’Alexis Van Stratum travaille sur l’expression corporelle pour exprimer le malaise grandissant. Une association en synergie qui libère toute l’intensité de cette comédie noire trempée dans l’acide sulfurique. La mise en espace devient une mise en abyme où la victime est poussée peu à peu vers un précipice. Ses collègues hésitent peu avant de sauter le pas et rejoindre le camp des bourreaux ordinaires.

La pièce décortique cyniquement les ressorts psychologiques qui font basculer le groupe dans une violence graduelle. La théorie de René Girard sur le bouc émissaire soigneusement exprimée en démonstration. Les super women chancellent dans leurs certitudes, par la faute d’une expression mal employée de Rose. Elle remet en question sans le vouloir l’image lisse et brillante de l’organisation de leur vie de femmes qui veulent réussir à tous les niveaux. Une ombre au tableau qui menace l’unité du groupe. Une ombre qui doit être supprimée. La parole devient une arme, les masques de la bienséance tombent pour révéler les petites bassesses de chacune. Pendant ce temps, Rose, écartelée par ses bourreaux, fait son chemin de croix.

Les représailles, qui renforcent la cohésion du groupe, se déploient, de plus en plus violentes, jusqu’à franchir les limites. Un point de non retour qui place la pièce à la frontière de la folie collective. L’interprétation millimétrée et dynamique des quatre comédiennes (Caroline Kempeneers, Cachou Kirsch, Isabelle Renzetti et Aurélie Vauthrin-Ledent) sert ce texte corrosif. Les statistiques et les faits divers énoncés par la voix off sur le harcèlement au travail, à la fin de la pièce, rappellent que la réalité dépasse parfois la fiction.

Hard Copy
D’Isabelle Sorente
Mise en scène Alexis Van Stratum
Assistante à la mise en scène et à la production Sophie Jonniaux
Avec Caroline Kempeneers, Cachou Kirsch, Isabelle Renzetti et Aurélie Vauthrin-Ledent et la voix de Jef Rossion
Scénographie : Cécile Balate
Décor : Cécile Balate et Alessia Wyss (Atelier L’Ad Hoc)
Costumes : Gaëtanne Paulus
Musique : Eloi Ragot
Vidéo : Pascal Haass
Création lumière et régie : Isabelle Simon
Créditi photo : Bernadette Mergaerts

Jusqu’au 28 février à 20h au Théâtre Marni

 

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