Théâtrorama

Petit meurtre entre amis… La pièce de Simon Stephens devient presque un laboratoire expérimental pour mettre en scène la violence chez les adolescents. Un huis clos détonnant qui place le public sous tension.

Naissance d’un fait divers ou comment le quotidien banal d’une bande d’ados dégénère jusqu’à un point de non retour. Le drame de la tuerie de Colombine en toile de fond, Punk Rock offre une immersion dans le monde moderne de ces jeunes qui testent leurs limites sans toujours savoir jusqu’où aller. La logique de groupe déchaine les instincts et les comportements border line poussent vers l’irréversible.

Lilly débarque dans sa nouvelle école. L’intégration se fait sans difficulté et le comité d’accueil est chaleureux, grâce à William, gentil style de premier de la classe et logorrhée intarissable, qui contamine l’atmosphère de bonne humeur et l’introduit avec bienveillance dans le groupe. Lilly joue le jeu. Elle rencontre Bennett, grande gueule qui se donne des allures de caïd, Cissy, sa petite copine branchée qui panique à l’idée d’avoir moins de 18 de moyenne, Tanya, la ronde sympa amoureuse de son prof, Nicholas, le sportif Casanova qui aura sa préférence, et Chadwick, génie un peu E.T mal-aimé et souffre-douleur du groupe.visuBigolivia-fanny-flavia

L’école est leur microcosme sociologique. Le lieu du vivre ensemble où malgré les pics de testostérone, les chamailleries et les railleries, chacun parvient à trouver sa place. Les histoires d’ados, entre amour, sexe, partiels à préparer, mode et rivalités, font sourire. Des préoccupations qui n’ont rien d’exceptionnelles, des petits conflits qui se résolvent d’eux-mêmes, des cruautés passagères qui entaillent l’amour-propre mais qui cicatrisent sous le baume de l’amitié. Un peu plus la pièce tournerait au jeu télé réalité proposant un loft scolaire décontractant. Sauf que derrière cet apprentissage initiatique se cachent des failles qui vont ouvrir une brèche vers des pulsions d’agressivité, d’autodestruction et de meurtre… Un mal-être qui se dessine sous une peur de l’avenir et des codes à respecter.

Passage à l’acte…
Punk Rock ne tente pas d’expliquer l’inexplicable mais va, dans un sens, plus loin que le film de Gus Van Sant, Elephant, en poussant l’introspection psychologique. L’unité de lieux, dans le cadre de l’école, renforce l’intensité dramatique et les intermèdes musicaux, qui cassent le rythme au son de la pop, des vidéos en arrière-plan et des stroboscopes, offrent des pauses libératrices pour ces écorchés vifs, comme des zones de libre expression sans règles ni limites. La densité psychologique des personnages, qui les éloigne d’un manichéisme simpliste, permet de ne pas rester à la surface de ces histoires d’ados. Au-delà du texte, la mise en scène place au premier plan l’expression corporelle. Les comportements hyperactifs, parfois désordonnés, en pantins qui ont du mal à contrôler leurs gestes, renforcent cette sensation de cobayes prisonniers de pièges qu’ils se posent parfois eux-mêmes.

visuBigarthur-jeremieLes scènes de groupe deviennent une démonstration de la théorie de René Girard sur le bouc émissaire. Bennett vire au sadisme contre Chadwick, victime d’un harcèlement qui renvoie au reste de la bande un reflet teinté de malaise. Mêmes les scènes de tête-à-tête, où l’intimité contribue à lénifier les rapports, se tendent rapidement pour retomber dans le conflit. Un crescendo de violence qui finit par faire craquer psychologiquement les plus fragiles. Le harcèlement vire à la torture, les railleries moqueuses et potaches à la méchanceté gratuite, même la victime se rebiffe pour se transformer en prédicateur cynique. Le personnage de William, sorte d’Hamlet des temps modernes, passe de la fantaisie d’amuseur de foule, qui n’hésite pas à travestir la réalité pour attendrir Lilly dont il est amoureux, à la folie furieuse, révélant des symptômes schizophréniques alarmants. Jérémie Pétrus, dans le rôle de William, compose une interprétation puissante et talentueuse. La pièce est portée par de jeunes comédiens dégageant une énergie efficace qui parlera aux nombreux adolescents présents dans le public, comme aux adultes qui cherchent encore une réponse à ces dérives mortifères.

Punk Rock
De Simon Stephens
Traduction Dominique Hollier et Adélaïde Pralon
Mise en scène de Olivier Coyette
Assistante à la mise en scène Cécile Delberghe
Avec Grigory Collomb (Benett), Fanny Donckels (Tanya), Timothy Fildes (Nicholas), Olivia Harkay (Lilly), Arthur Oudar et Clément Goethals en alternance (Chadwick), Violette Pallaro (le docteur Harvey), Flavia Papadaniel (Cissy), Jérémie Petrus (William). Scénographie Olivier Wiame
Lumières Xavier Lauwers
Durée : 1h50

Jusqu’au 7 février à 20h30 au Théâtre de Poche

 

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest