Théâtrorama

Perplexe

Du Rhinocéros à l’élan… L’absurde en toile de fond dans cette pièce de Marius von Mayenburg, qui détricote les ressorts dramatiques habituels et met les nerfs des spectateurs en quête de logique en pelote. Le fil de l’intrigue se perd, comme le Nord d’une boussole, dans une graduation de folie douce qui fait fondre progressivement la réalité pour nous laisser, face à nos interrogations.

Jusque là tout va bien… Le début commence comme un vaudeville qui fait écho à une situation vécue par tout un chacun. Un couple rentre de vacances… Une panne de courant les accueille… L’hypothèse d’une facture d’électricité impayée provoque une dispute… Pour finir en éclat de rire… Le couple qui garde la maison pendant leur absence fait son apparition… Retrouvailles et échanges de banalité. Jusque là tout va bien… Et puis tout bascule !

Le monde est flex
L’irrationnel fait son entrée par touches discrètes, dans un premier temps, pour franchement finir au rouleau compresseur dans la progression dramatique. Les repères se brouillent. Les personnages perdent leur identité en schizophrènes parfois surpris du retournement de situation, pour s’accommoder de leurs nouveaux rôles. Les couples changent de partenaires en un reversement de réplique, les parents deviennent les enfants. D’interchangeables, comme un objet transitionnel qui permet de faire la jonction entre les scènes, ils deviennent protéiformes. L’enfant idiot se mue en petit nazi, la bourgeoise se met dans la peau d’une viking, le mari qui n’hésite pas à se mettre à nu en homme de Cro-Magnon philosophant sur le mythe de la caverne ou l’évolution de Darwin, se retrouve en élan homosexuel…

Derrière ces métamorphoses incessantes, comme un jeu de rôle sans règle, se pose la question de l’essence de l’être et de la vacuité du monde qui nous entoure. « Nous ne sommes qu’impulsions de synapses. Nous ne sommes que de l’électricité dans nos têtes », se désespère un des comédiens qui aimerait faire la lumière sur ces scènes de non sens, s’enchaînant dans un rythme crescendo qui fait vaciller un peu plus les dernières certitudes. L’éphémère gagne du terrain. L’espace symbolique de la maison qui incarne à la fois l’individu lui-même, mais aussi ses racines sur lesquelles il se bâtit a priori solidement, finit par fondre littéralement pour fissurer le quatrième mur. Les personnages en quête d’auteur évoluent dans un univers glauque, en vert et contre toute superstition théâtrale. La mise en scène millimétrée de fantaisie de Sofia Betz et le jeu des comédiens qui en rajoutent avec plaisir dans le burlesque, servent ce texte au vitriol sur un plateau tournant, pour laisser le public perplexe, certes, mais plus flex !

Perplexe
De Marius von Mayenburg
Traduction de Hélène Mauler et René Zhand
Mise en scène de Sofia Betz, assistée de Mathilde Lefèvre
Avec Fabien Magry, Yoann Blanc, Estelle Franco et Emilie Maquest Scénographie Frédérique de Montblanc / Lumières Florence Richard /Costumes Prunelle Rulens / Création sonore Thomas Turine

Au Théâtre de Poche jusqu’au 8 novembre à 20h30

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