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Orphelins

Thriller théâtral sur fond de liens du sang… Orphelins, de Dennis Kelly, devient un dédale dramaturgique dont on ne sort pas indemne.

Et vous ? Jusqu’où iriez-vous pour protéger vos proches ? Dans ce huis clos contemporain où les valeurs morales sont mises à mal, Dennis Kelly dépeint le cancer de nos sociétés modernes métastasées par la peur de l’autre. Une écriture au scalpel qui s’amuse à découper les certitudes pour laisser émerger une violence en crescendo.

La légèreté des comédies de boulevard, qui commencent par un dîner en amoureux, dure le temps de reprendre sa respiration avant de plonger dans une zone de non retour. Helen et Danny, joli couple gentiment embourgeoisé dans un appartement cossu d’un quartier difficile, profitent d’un délicieux moment à deux. Ils ont de quoi se réjouir : le deuxième bébé de la famille est en route. La mélodie du bonheur se transforme rapidement en cacophonie à l’entrée apocalyptique du frère d’Helen, Liam, couvert de sang et sous le choc. L’explication ? Avoir essayé d’aider à un jeune homme s’étant fait agresser dans la rue.

Une version officielle comme un point de départ d’une enquête où chaque détail compte pour reconstituer progressivement les faits comme on passe aux aveux. De fil en aiguille, le canevas se dessine, mettant également à jour les liens fusionnels du frère et de la sœur, orphelins dès leur plus jeune âge. Rien n’arrête Helen pour couvrir la seule famille qui lui reste, quitte à sacrifier son propre bonheur ou à s’asseoir sur la morale. Danny, le pilier de la famille est mis à rude épreuve dans cette union sacrée. Plus les pièces du puzzle se mettent en place, plus l’horreur se profile dans un horizon où toutes les frontières seront remises en question.

L’Enfer, c’est les proches
La violence s’infiltre comme un virus qui gagne du terrain… Si l’insécurité règne à l’extérieur, confortant le couple dans des préjugés racistes, il avait épargné jusqu’à présent cet espace confortable. L’arrivée de Liam fait basculer l’univers bien cadré en quelques secondes. Situation d’urgence oblige, la vraie nature de chacun apparaît. Helen (l’excellente Anne-Pascale Clairembourg) pour protéger son frère, se mue en manipulatrice autoritaire, prête à faire de son mari un pantin docile. Danny (interprété tout en finesse par Itsik Elbaz), qui se drapait dans une moralité sans faille, laisse apparaître une lâcheté et une faiblesse, le poussant à commettre l’irréparable qui souillera tous ses points de repère.

Le personnage de Liam, incarné avec talent par Pierre Lognay, révèle sa complexité tout au long de la pièce. Maître du jeu qui change les règles à chaque révélation le faisant revenir sur sa version des faits, il abat ses cartes dans un machiavélisme où la préméditation restera à prouver. La mise en scène millimétrée de Patrice Mincke préserve le suspens de bout en bout, maintenant ainsi le spectateur en alerte jusqu’à la dernière seconde. L’intensité du huis clos est renforcée par une sensation d’enfermement croissant qui contraste avec cette jungle urbaine qu’on imagine à l’extérieur. L’appartement devient un état de siège où une guerre mentale se déroule sous les yeux de spectateurs hypnotisés par la puissance évocatrice des mots, qui résonnent en tête bien longtemps après la fin de la pièce.

Orphelins
De Dennis Kelly
Mise en scène de Patrice Mincke, assisté de Melissa Leon Martin
Traduction française de Philippe Le Moine
Avec Anne-Pascale Clairembourg, Itsik Elbaz, Pierre Lognay et, en alternance: Sam Bracco, Kasper Holte Nielsen, Lukas Collet, Charlie Goslain et Sacha Bendjilali
Scénographie Olivier Wiame
Lumières Alain Collet
Décor sonore Laurent Beumier
Costumes Françoise Van Thienen

Au théâtre de Poche jusqu’au 11 avril à 20h30

 

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