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Des Yeux de verre – Mise en scène : Emmanuel Dekoninck

Des Yeux de verre – Mise en scène : Emmanuel DekoninckLa pièce entraîne le spectateur dans un monde de poupées qui n’a rien de doux ni de merveilleux : avec Des Yeux de verre, on plonge au cœur d’une famille détruite par l’inceste.

Au théâtre, certaines thématiques sont particulièrement difficiles, sensibles à aborder. L’inceste est de celles-là. Avec Des Yeux de verre, Michel Marc Bouchard s’attaque à cette problématique complexe sans verser dans le larmoyant. Au contraire, elle est approchée avec une délicatesse rare, sans pudeur ni retenue excessives, mais sans non plus en dire ou en laisser voir trop. Dans Des Yeux de verre, il y a d’abord un père. Le père. La figure que l’on pourrait penser centrale, mais qui finalement ne l’est pas tant que ça. Il est l’élément déclencheur, l’origine du mal. Il fabrique des poupées, c’est « un Gepetto des temps modernes », dit de lui son épouse.

Car ensuite, il y a une femme. Une mère. Elle sait ce qui s’est passé, mais veut taire la vérité. Une seule chose compte à ses yeux : que la conférence de presse du lendemain, annonçant le lancement d’une grande rétrospective consacrée à l’œuvre de son mari, soit une réussite. Et puis, il y a une enfant. Estelle. C’est elle, en réalité, « l’élément central ». Fille cadette du couple, elle revient à la maison après quinze ans d’absence, sous l’identité de Madame Pélopia. Pour elle, l’heure est venue de remonter le temps. En fait, il n’y a pas qu’une fille, il y en a deux. Deux victimes, dans des sens différents. La fille aînée s’appelle Brigitte. Elle travaille avec son père, dans l’atelier. Et cherche, sans relâche, sans retenue, son attention. Un rôle travaillé, inattendu, qui fait certainement d’elle le personnage le plus intéressant de l’intrigue.

Déni et mensonge

Des Yeux de verre – Mise en scène : Emmanuel DekoninckToute la pièce (qui n’est pas longue, un peu plus d’une heure) se déroule dans l’atelier du père. Les poupées sur lesquelles il travaille confère une atmosphère lourde, à la frontière de l’effrayant, aux scènes qui s’enchaînent. La salle des voûtes du théâtre Le Public de Bruxelles a ceci de particulier qu’elle est parsemée de fines colonnes, derrière lesquelles sont installés les spectateurs. Quelle que soit la pièce jouée, cette configuration donne toujours au public l’impression d’être le témoin de moments qu’il ne devrait pas forcément voir. Dans Des Yeux de verre, qui repose autant sur le déni que sur le mensonge, ce sentiment est particulièrement prégnant. « J’ai choisi de centrer l’attention sur l’intimité des protagonistes et de laisser à voir le sensible, les failles, la complexité et l’évolution de leurs humanités », ne cache pas le metteur en scène de la pièce, Emmanuel Dekoninck. Mais l’humanité, justement, est questionnée à chaque instant dans cette représentation brillante qui en dit long sur l’homme, sur sa capacité à se voiler la face, à oublier. Jusqu’à ce que le pire ressorte.

Des Yeux de verre
De Michel Marc Bouchard
Mise en scène : Emmanuel Dekoninck
Avec Soazig De Staercke, Patricia Ide, Jeanne Kacenelenbogen et Alexandre Trocki
Photo : Alice Piemme

Au théâtre Le Public jusqu’au 23 juin

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