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Un huis clos familial sous-tension pour une première création très prometteuse. Dans L’Enfant colère, Sophie Maillard exploite avec talent ce thème récurrent, pour renouveler le genre par un travail intense sur le corps.

Fracture de la fratrie… Les familles idylliques n’existent même pas dans la mythologie, et la solitude colle l’humain comme une ombre. Un constat plutôt sombre qui n’est pas exempt d’espoir, rappelle Clo en préambule avec un récit modernisé de la boîte de Pandore. Et il faut aller chercher tout au fond pour ne pas se laisser enfermer dans des schémas de pensées aliénants.

La famille perçue comme un clan… La pièce s’ouvre sur une fête de mariage où le public fait partie des invités. Nathan, l’aîné, épouse, Anne, qui, de fait, est adoptée de bon cœur par Clo et Raphaël. Chanter ensemble sur du Goldman à tue-tête, ça rapproche… On retrouve ce joyeux quatuor quelques temps plus tard autour d’un déjeuner rituel organisé par le jeune couple. L’ambiance est rigoureusement différente. L’ennui s’invite à table, laissant la porte ouverte aux banalités échangées comme des bouées de sauvetage. Les premières failles apparaissent. Des gênes répétées aux regards détournés, des manies devenant des refuges aux pics qui commencent à jouer avec les nerfs. Clo explose la première dans une litanie violente à l’encontre de son frère ainé. Une honnêteté qui dérange et fait basculer l’équilibre de cette tribu se rattachant aux traditions familiales. Elle vide son sac comme tous les maux qui s’écoulent de la boîte de Pandore. Mais ne plus supporter l’autre n’empêche pas de l’aimer. Et s’il y a des mots qu’on ne rattrape pas et des secrets divulgués au détour d’une phrase, il reste l’espérance de pouvoir recréer un lien en revenant au corps comme un instinct primaire qui guide les pas.

Le torchon brûle…
Et la recette est bonne car Sophie Maillard a su mettre les bons ingrédients dans ce repas à couteaux tirés. L’Enfant colère nous plonge dans une cocotte minute familiale sous pression, avant l’explosion inévitable. Des dialogues au scalpel pour mieux trancher au vif les vieilles plaies mal refermées. Des personnages à la psychologie aussi bien ficelée que le gigot qu’Anne arrose pour fuir la situation et s’enfermer un peu plus dans un alcoolisme manifeste.

La mise en scène laisse une place prépondérante au corps. Un corps qui délimite les frontières de son propre enfermement mental, mais qui tente dans un même temps de repousser les murs de l’ordre familial établi pour respirer et se libérer du poids du passé. La joie pure, qui s’exprime sans barrière à la soirée de mariage et qui diffuse une énergie entrainante au début de la pièce, laisse la place au corps contrôlé dans ses mouvements à table. Il serait tentant de couper le son pour ne garder que l’essence de la dramaturgie. Et puis, le corps s’exprime dans une danse contact prolongée entre Clo et Nathan, qui prend la forme de combats, de jeux d’enfants, et de gestes d’apaisement comme une réconciliation. Les corps finissent dans une course comme pour remonter le temps et atteindre l’éternité des moments partagés ensemble.

Les quatre comédiens, Sophie Arnulf, Mathieu Besnard, Gabriel Da Costa, Séverine Porzio, sont à l’unisson dans un jeu spontané et puissant. Une formidable énergie brute se dégage de l’ensemble pour aborder sans fausse pudeur des relations familiales qui, si elles basculent dans la violence, ne sont jamais départies d’une tendresse qui permet à la pièce de trouver le juste équilibre.

L’Enfant colère
Ecrit et mis en scène par Sophie Maillard
Avec Sophie Arnulf, Mathieu Besnard, Gabriel Da Costa, Séverine Porzio
Crédit photo: © L Matet

Jusqu’au 2 mai 2015 à 20h30 au Théâtre Océan Nord

 

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