Théâtrorama

Rhinocéros mis en scène par Christine Delmotte

Rhinocéros – Métaphore cinglante de la montée des totalitarismes, Rhinocéros ouvre la nouvelle saison du Théâtre des Martyrs à Bruxelles dans un fracas aussi étourdissant que fascinant.

Ils arrivent en ville, et font froid dans le dos : les rhinocéros sont aussi glaçants sur la scène du Théâtre des Martyrs de Bruxelles que dans l’esprit d’Eugène Ionesco, l’auteur de la pièce jouée jusqu’au 7 octobre. Son œuvre, il lui a choisi un titre simple – « Rhinocéros ». Un rhinocéros ? Des rhinocéros, plutôt : c’est bien sur l’effet de masse, d’entraînement, de groupe que tout le scénario est basé.

Les habitants d’une ville (on ne sait trop où, trop quand) sont confrontés à l’apparition de rhinocéros ; en réalité, tous se transforment, petit à petit, en ces grosses bêtes si peu dociles. Sauf certains, qui résistent, puis finalement cèdent à la tentation de rejoindre le troupeau, eux aussi, de suivre le mouvement, d’ « en être ». La mise en scène repose donc beaucoup sur la distinction entre l’être seul, et le groupe : les mouvements sont souvent très « chorégraphiés », notamment ceux du groupe, pour donner un effet d’unité à plusieurs individus qui ont choisi la même voie, en se dotant d’une corne. D’où le recours, notamment, au « gumboot », un type de danse africaine percussive qui pratique à l’aide de bottes en caoutchouc.

rhinocéros

« Bérenger, c’est Ionesco »

Ionesco n’a jamais laissé de doute quant à la nature de sa pièce : c’est une fable, dont les animaux incarnent les propagandistes nazis. Et pour qu’elle prenne vie, un certain Bérenger joue en rôle crucial puisqu’il tente, tant bien que mal, de résister à cette folie naissante. « Bérenger, c’est Ionesco, c’est en tout cas ce que je me dis. (…) Ses angoisses, ses craintes par rapport au fascisme qui monte, il les traduit par des rhinocéros », a détaillé Christine Delmotte, la metteur en scène.

C’est donc une lutte acharnée qui se joue devant les yeux des spectateurs, entre l’homme et les bêtes. Les troupeaux se déplacent dans le noir, dans des flashs aveuglants de lumière blanche. L’effet est particulièrement réussi. Et pour distinguer les bêtes des humains, les premières sont maculées d’une peinture verte, couleur écailles. Couleur chars d’assaut. « Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! » clame Bérenger. Pourtant, au bout du bout, avant les saluts des acteurs qui nous ramènent à la réalité, ne voit-on pas cet homme rejoindre à son tour les animaux à cornes ? Ou est-ce un rêve, concept si cher à Ionesco ?

 

Rhinocéros
D’Eugène Ionesco
Mise en scène de Christine Demotte
Avec Isabelle De Beir, Christophe Destexhe, Aurélie Freinent, Gauthier Jansen, Julia Le Faou, Pietro Pizzuti, Fabrice Rodriguez, Salim Talbi, Laurent Tisseyre
Lumières: Nathalie Borlée
Scénographie: Noémie Vanheste, Christine Demotte
Crédit photo : Nathalie Borlée
Durée: 1h35

Au Théâtre des Martyrs, jusqu’au samedi 7 octobre

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest