Théâtrorama

Rêve et Folie – Claude Régy

Avec Rêve et Folie de Claude Régy, le KVS à Bruxelles propose une parenthèse hors du temps. Une expérience totale. Rêve et Folie s’apparente à cela. L’expérience inclut un homme – Yann Boudaud – seul sur une scène. Cette scène est peu éclairée, semble si vaste, dénuée de vie. Pourtant l’acteur est bien là, présent, à chaque instant. Quant à la salle, elle est plongée dans le noir, avant même le début du spectacle. L’expérience est totale aussi parce que qu’il faut rejoindre son siège en silence, dans la pénombre. Elle commence donc dès que le billet d’entrée est déchiré. Mais surtout, l’expérience est totale car sur scène, Yann Boudaud emporte tout avec lui : les repères n’en sont plus, l’émotion submerge le public, les cœurs battent fort sans que les esprits parviennent forcément à tout saisir. Quelle histoire cet homme qui paraît à la fois si fort et si faible veut-il partager ? Sa gestuelle, sa voix, sa présence prennent parfois le pas sur le discours. Tous les sens sont en éveil, au point que le cerveau propose au cœur de jouer son rôle.

Rêve et Folie  dans un univers étranger

Instantanément révélé

Sur scène, pourtant, c’est un récit inhabituel qui se joue : Yann Boudaud devient Georg Trakl. Poète austro-hongrois de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, il a été un artiste maudit, dont les errances sont distillées dans des phrases courtes qui, juxtaposées, semblent sans fin. Ponctuée de geignements, qui prennent aux tripes, son histoire est sans commune mesure avec d’autres pièces qui s’emparent des mots d’un autre, de sa vie, de son « moi » intime. Le récit est dur. Il demande des pauses, des respirations qui ne viennent pas. L’expérience est totale, on s’en souvient. Pas question d’en sortir un instant. Yann Boudaud tient en haleine. Son texte lui semble instantanément révélé. C’est comme s’il se chargeait, dans la douleur, de le partager à son tour, immédiatement. Ne surtout pas le garder pour lui. Et pourtant, à aucun moment, il ne prend garde au public qui ne regarde que lui. Qui ne peut pas détacher son regard, unique. Car Yann Boudaud est seul, et c’est peut-être ce qui le rend plus fort encore.

 

Rêve et folie
Mise en scène : Claude Régy
Texte : Georg Trakl
Avec Yann Boudaud
Crédit photos : Pascal Victor

Vu au KVS

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest