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Quatre Nuits blanches en une soirée

Les Nuits blanches de Saint-Pétersbourg n’ont jamais été aussi courtes. Les histoires d’amour finissent mal en général. Aux Riches-Claires de Bruxelles Les Nuits blanches ne font pas figure d’exception. L’adaptation de l’œuvre de Dostoïevski, qui date de 1848, ne semble que trop actuelle.

A Saint-Pétersbourg, un jeune fonctionnaire fait la connaissance d’une orpheline de 17 ans, Nateska, sur un pont qui enjambe la Néva. Quatre nuits durant, ils vont se retrouver à ce même endroit, et tricoter ensemble ce qui pourrait être la base d’une histoire d’amour romantique, sirupeuse, idyllique. Mais le cœur de Nateska est déjà pris. Elle goûte à une liberté nouvelle, maintenant qu’elle n’est plus attachée – littéralement, avec une épingle – à la robe de sa grand-mère aveugle, qui veille sur elle, obsessionnelle. En effet, Nateska attend le retour de Moscou d’un homme qu’elle a aimé et aime encore, passionnément. Elle partage cette histoire avec ce nouveau confident, qui, rapidement, tombe amoureux d’elle. Il lui déclare sa flamme. Il crie, hurle son amour pour cette femme hors du commun, si frêle et fragile, et pourtant si déterminée.

L’ombre d’elle-même

Sur scène, tous les mouvements de Nateska sont parfaitement contrôlés, du pied qui frappe ce banc qui recueille leurs confidences aux doigts qui s’enroulent et se déroulent autour de son sac à main rose pâle. Mais l’alchimie ne prend pas, même si Nateska, un temps, laisse croire le contraire au jeune éperdu. Nateska est dure. Elle va jusqu’à l’insolence suprême, en déclarant à son prétendant : « Quand je serai mariée, nous serons très amis, mieux que des frères, je vous aimerai presque autant que lui… » La pièce est tragique, pathétique, car Nateska ne peut visiblement se contenter de l’amour que d’un seul homme. Elle semble si innocente. Plus l’histoire avance, plus ce prénom – Nateska – si souvent répété, écorche les oreilles. Na-tes-ka. Les syllabes sont âpres, heurtent. Son nom fait mal, au spectateur et au personnage, qui doivent tous composer avec le refus de la jeune femme.

Tout serait si simple si elle se laissait aller dans les bras de cet homme, sur le pont, qui ne veut qu’elle. Parfois, elle n’est que l’ombre d’elle-même, tant elle se laisse emporter par ses émotions. Les sentiments qui la submergent sont très justement recomposés car sur la scène, des mannequins sans visage prennent sporadiquement la place des acteurs. Ils portent les mêmes vêtements qu’eux (robe bleue et costume sombre), mais quand ils sont mis en mouvement, dans la pénombre de la petite salle, ils traduisent toute la gravité de l’instant. Quant au piano qui accompagne le récit, surtout au début, il offre une mélancolie et une sérénité trompeuses. Les notes transportent le spectateur sur ces canaux russes, dans ces nuits d’été, blanches, longues, et pourtant si courtes.

Les Nuits blanches

De Dostoïevski
Adaptation et mise en scène : Olivier Lenel
Avec Marie du Bled et (en alternance) Simon Homme, Vincent Huertas et Mikaël Sladden.
Piano : Gary de Cart
Jusqu’au 27 février du mercredi au samedi à 20h30 (19h le mercredi) aux Riches-Claires

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