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Les Carnets du sous-sol au théâtre du Boson

Les carnets du sous-solCe quasi-monologue propose une introspection sur la difficulté du rapport à l’autre.  Il n’existe pas à Bruxelles théâtre plus parfait que Le Boson, cocon d’une trentaine de places à peine, pour héberger une adaptation des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, un texte qui date de 1864.

Ce théâtre se veut particulièrement adapté à l’exercice grâce à un réaménagement du lieu : les spectateurs entourent la scène, la cave – sombre et austère malgré ses multiples décors. Celle-ci n’est occupée que par un homme, malade, seul à en crever. Un « homme-rat », qui ressasse, ressasse, ressasse ses peines, ses échecs, ses erreurs passées, sans s’accorder aucun répit. Un personnage tout à fait « dostoïevskien ». Il souffre, et le déclare lui-même : « Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. » Mais il refuse de se soigner. Son flot de paroles, tantôt plaintives, souvent cruelles, agresse. Les Carnets du sous-sol  sont un concentré de pessimisme, de hargne et de douleur. Dans le public, on courbe l’échine ; les mots sont durs, la solitude presque contagieuse.

Échanges désespérés

Alors, lorsque Liza, une prostituée de vingt ans, descend dans la cave, on espère reprendre son souffle. On ne veut plus voir cet homme si seul engloutir du fromage soigneusement coupé avant de courir jusqu’à n’en plus pouvoir sur son tapis roulant, pieds nus, dans un vacarme assourdissant. Son jogging gris semble de plus en plus terne. Et même Liza ne parvient pas à lui redonner des couleurs. Au contraire. Il s’en prend à elle, violemment. Par les mots, qu’il croit si bien maîtriser. Il aime s’entendre parler, c’est certain. Pourtant elle ne fuit pas. Peut-être est-ce même là la clef de l’œuvre : leurs brefs échanges, dans tout ce qu’ils ont de désespérés, renferment malgré tout un brin d’espoir. Et si lui semble condamné à croupir dans cette cave froide, Liza, elle, n’a pas la même destinée. Quand elle monte l’escalier qui ramène à la lumière, qui surplombe la scène, la cave, un poids s’envole avec elle. Mais l’éternel solitaire interprété avec brio par Benoît Verhaert poursuit ses tirades tragiques en regardant les spectateurs, un à un ou presque, droit dans les yeux. Il leur rappelle que lui est là pour rester, et que peu importe le monde extérieur, il n’a décidément pas l’intention d’y prendre part. Et eux ?

Les Carnets du sous-sol 
d’après Dostoïevski
Adaptation et mise en scène : Benoît Verhaert
Avec Céline Peret et Benoît Verhaert
Photos : Isabelle De Beir

Jusqu’au 20 janvier, du mardi au samedi à 20h15, au théâtre du Boson

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