Théâtrorama

Aucun doute : ce soir de 1942, tous les convives ont amèrement regretté d’y être allés, à ce diner.

C’est la guerre. Du papier journal recouvre les fenêtres, au cas où. Les denrées alimentaires sont rationnées. Toutes les conversations prennent un tournant politique. Pourtant, Sophie fête son anniversaire ; elle est rayonnante, elle est espiègle, elle a 30 ans. La soirée s’annonce conviviale. Un des invités a même réussi à se procurer un magnum de champagne. L’atmosphère est légère. Jusqu’à l’attentat. Dans la rue, deux officiers allemands sont abattus. Pour punir ce crime, le commandant SS Kaubach exige des otages, en échange. Il force l’entrée de l’appartement et y fait régner la terreur : les sept amis disposent alors de deux heures pour désigner, parmi eux, deux otages. Ils pourraient choisir le médecin, l’aveugle, la belle résistante, le riche beau-parleur, la maîtresse de maison guillerette… Mais tous ont des arguments de poids à faire valoir pour ne pas être le malheureux élu.

Animal instinct
Sur scène, le dilemme qui se joue est cornélien, et le contexte – la Seconde guerre mondiale – dramatique. Mais peut-on en rire ? Visiblement, oui. Le Théâtre royal des Galeries vibre à l’unisson, et rit, même si l’humour est noirâtre dans cet huis clos magnifique, sublimé par des costumes d’époque. Psychologiquement, le Repas des fauves en dit long sur l’espèce humaine : est-ce l’instinct animal qui prend le dessus quand le docteur entreprend d’appeler ses patients pour les convier à cette délicieuse fête – dans le seul but d’augmenter les probabilités de ne pas être désigné comme otage ? Et quand l’idée surgit, sournoise, d’envoyer l’une des deux femmes auprès du commandant nazi, pour troquer ses charmes contre la liberté du groupe ? La lâcheté gomme le courage, la bonté perd ses quartiers. Le rythme est soutenu, impeccable ; les dialogues sont de circonstance, implacables. Quant aux acteurs qui portent le Repas des fauves, ils ont mangé du lion – et le public rugit de plaisir.

Le Repas des fauves
De Vahé Katcha
Mise en scène d’Alexis Goslain
Avec Christel Pedrinelli, Stéphanie Van Vyve, Denis Carpentier, Marc De Roy, Dominique Rongvaux, Fabrice Taitsch, Lucas Tavernier et Michel Poncelet
Crédit photo : Fabrice Gardin
Jusqu’au 15 novembre, du mardi au samedi à 20h15, le dimanche à 15h, au Théâtre royal des Galeries

 

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