Théâtrorama

Aura popularis : un bon investissement à peu de frais pour lutter contre l’austérité imposée par l’économie et transformer la dépression en crise de rire.

Citoyens, citoyennes, vous n’y comprenez rien aux subprimes, aux délocalisations, à la paupérisation des peuples, à la montée du nationalisme et au chômage ? Le collectif Arbatache va au charbon pour déminer le terrain de la finance et disséquer au scalpel théâtral les mécanismes de la crise. Une démonstration de force, comme une manif réussie, qui mixe les arts pour servir au public un cocktail au vitriol d’une société qui perd le contrôle sans se débarrasser tout à fait de son humanité.

Beckett n’aurait pas renié ce texte de Dominique Bréda. La crise se décompose en laissant l’absurde poindre dans les situations qui s’enchaînent en sketches drôlatiques. Si la croissance économique avait le même rythme que le spectacle, la récession deviendrait obsolète ! Les douze comédiens présents sur scène déploient une énergie à changer le monde. Un cynisme aiguisé pour trancher dans le vif du sujet, des chansons pour raconter les maux du moment, et de la danse quand les mots sont de trop…

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La condition humaine
Le risque était de basculer dans le didactique ou le pathétique. Mais la finesse de l’écriture de Dominique Bréda, qui fissure habilement les certitudes du système capitaliste tout en colmatant les brèches par petites touches d’humour, et le jeu inspiré du collectif Arbatache, qui jongle à merveille sur ce ton décalé et rajoute son grain de folie artistique, placent Aura popularis, « le souffle du peuple », dans un espace intemporel qui permet au public de prendre suffisamment de distance pour rire sans entrave.

Face à la crise, chacun paraît désarmé à tous les échelons de la société. Du chef d’entreprise un peu benêt qui délocalise sans comprendre les enjeux et le jeu des investisseurs, au ministre qui se prend les pieds dans sa stratégie de communication, du syndicaliste qui finit par se retrouver au paradis, à la mère de famille qui bascule dans le nationalisme comme dans une secte… L’Europe n’est pas oubliée et en prend pour son grade. Dans un alignement un peu solennel, les nationalités défilent, fières d’appartenir au même continent, et ferment les yeux sur le pauvre grec qui s’étouffe sur scène, jusqu’à piétiner sa dépouille.

Cet individualisme qui perd progressivement de son humanité, on le retrouve dans les chorégraphies, où les corps s’entassent et n’hésitent pas à se marcher dessus. Mais à côté des clones décérébrés et des leaders en quête de profit se profile une esquisse d’humanité retrouvée. Une solidarité où le désespoir mène les cambrioleurs à fraterniser autour d’un café avec les policiers, où la révolte renaît sous la forme d’un rock électrisant pour se sentir encore vivant et bouillonnant d’une envie de changement comme une urgence dans l’air du temps.

Aura popularis
Texte Dominique Bréda
Mise en scène Emmanuel Dekoninck
Avec Ahmed Ayed, Bruno Borsu, Martin Goossens, Zoé Janssens,
Ilyas Mettioui, Mathilde Mosseray, Taïla Onraedt, Camille Sansterre, Iara Scarmatto, Corentin Skwara, Gaël Soudron, Gentiane Van Nuffel
Chorégraphie Bérengère Bodin
Création lumières Thomas Vanneste
Crédit photo : Charlotte Sampermans

Au théâtre Marni jusqu’au 21 mars puis en tournée

 

 

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