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Elle(s)

Elle(s)

La femme se conjugue au pluriel pour trouver le bon accord…

Une pièce comme un moment de grâce qui trouve un écho dans l’inconscient collectif du public. Prix de la critique 2014, Elle(s) séduit par sa forme originale et par un texte profond et sensible, admirablement interprété par Sylvie Landuyt et Jessica Fanhan.

Des rêves de petite fille qui projette sa vie future comme un jeu d’enfant et s’amuse à devenir grande, à la réalité d’une mère usée par le quotidien et par un mariage raté, les relations ne sont pas toujours sans accrocs, dans une incompréhension truffée de silence et de non-dits. Quand la parole devient lourde, elle se chante. Et les dialogues deviennent rock&roll grâce au guitariste Ruggero Catania, qui incarne la note masculine du jeu. Entre l’imagination débridée de la petite qui se projette et la fantaisie border line de la mère, la pièce embarque le public dans ce kaléidoscope de femmes.

Et si on jouait à qui on deviendra ? Femme d’affaire, femme de ménage, actrice porno, secrétaire, femme battante, femme blessée, femme au foyer en feu, femme fatale… Portrait de femmes où les stéréotypes sont intégrés par la gamine pour mieux trouver un terrain de jeu. Caméléon drolatique qui incarne en un quart de tour la quintessence de ces chemins d’existence en horizon possible, elle revient à chaque fois à la case départ. Le rêve finit par se heurter à la réalité. Et la mère est la garante de cette réalité qu’elle enjolive en quelques mesures par des chorégraphies qui font redécouvrir le registre des tubes dédiés aux femmes.

« C’est une fille ! »

Elle(s)
©J.VAN BELLE

Tout est résumé à la naissance (avec un soupir de déception pour certains). Maintenant, il va falloir dépasser les clichés pour inventer l’avenir. Et la petite ne manque pas d’imagination. Jessica Fanhan bouillonne. Une énergie explosive, doublée d’une précision de jeu qui pose chaque phrase comme des bombes à retardement. Elle irradie sur scène. Elle est plurielle,  dopée à l’adrénaline, pour donner vie à toutes ces femmes, archétypes qui peuplent les mythes d’une société patriarcale.

Jessica Fanhan compose en virtuose, mais il faut dire que le livret de Sylvie Landuyt lui offre un concerto majeur. Une écriture puissante qui interpelle le public dans ce qu’il a de plus intime. Le rythme va crescendo. La scène s’ouvre en musique. Une longue table où sont alignées des paires de chaussures colorées. Cendrillon n’y retrouverait pas sa pantoufle et ces escarpins semblent attendre  leurs propriétaires qui ont fini par perdre pied dans tous les faux pas dans lesquels elles sont tombées. La petite se prépare pour son long monologue, entrecoupé d’intermèdes musicaux qui donnent au public le temps d’une pause pour faire encore davantage corps avec ce Elle(s) qui résonne comme un espoir collectif.

Elle(s)
Ecriture et mise en scène : Sylvie Landuyt
Avec Sylvie Landuyt, Jessica Fanhan et Ruggero Catania
Scénographie : Vincent Bresmal
Lumières : Guy Simard
CrCrédit photo : Alice Piemme / AML
Jusqu’au 23 janvier au Rideau de Bruxelles 

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