Théâtrorama

  Le monde du travail devient une pantomime burlesque, perçue comme un cartoon déjanté, par la Compagnie Zinneke Kabuki. Un ovni théâtral à découvrir au Festival de Spa… 

Un duo comme un mixe entre les Marx Brothers et Buster Keaton… Othmane Moumen et Michel Carcan nous entraînent dans leur univers où le mime est une manne de gags en série et le surréalisme une deuxième nature qui transforme une vie de bureau routinière en champ d’expérimentation. Doffice! a remporté le prix du public au Mimoff’ 2013. Une reconnaissance justifiée…

Gestes répétitifs et poids des corvées administratives quotidiennes sur les épaules, qui n’en a jamais eu plein le dos de la vie de bureau ? Mais plutôt que de se plaindre par de longues tirades, Doffice! a coupé le son pour se concentrer sur le langage du corps. Un résultat bien plus parlant, qui révèle les codes sociaux dans ses moindres détails. Une réalité sans artifice, mais orchestrée dans une chorégraphie millimétrée pour un ballet moderne. Deux personnages, une table, deux chaises. La magie du mime s’articule entre poésie et facétie pour révéler la loi de la jungle professionnelle où les employés ne sont parfois que des marionnettes malléables à souhait.

L’importance d’être flexible…
Entre un Droopy dépressif, vieux fonctionnaire assis sur ses acquis, pour qui chaque geste devient un effort insurmontable et une espèce de Bip Bip le coyote qui puise dans l’énergie du jeune employé dynamique pour monter en grade, ce n’est pas l’amour fou. Rivalité, petites mesquineries, indifférence et méfiance… Le bureau est un terrain miné qui demande une grande flexibilité pour s’adapter à toutes les situations. Et la flexibilité, Othmane Moumen en a à revendre ! Un corps élastique de super héros prêt à relever tous les défis, et des mimiques à la Jim Carrey, il développe une partition étendue de ses talents dans une pantomime précise et drolatique.

Le monde rébarbatif des fonctionnaires tourne à la farce. On sort vite de l’espace de la raison pure pour activer tous les leviers d’une imagination contorsionniste ou le simple fait de se serrer la main devient une mise en scène digne du kabuki. Une bande son minutieuse vient rythmer cette histoire muette qui se cristallise autour d’un conflit de génération qui prend des allures de duel de Far West. De l’autorité patronale, on ne perçoit qu’une voix tonitruante qui signe un rappel à l’ordre ponctuel. Si la première partie finit par tomber dans une répétition de jeu, comme une monotonie salariale qui s’installe, la deuxième partie qui commence par une crucifixion involontaire de l’aîné, ouvre la voie vers un délire génialement généralisé. Michel Carcan déploie alors toute sa virtuosité dans une interprétation loufoque. Cet univers coloré de BD, où le mime est roi, n’est pas sans rappeler Open Space, la dernière pièce de Mathilda May. Un travail sur le corps, habilement mis en scène par Xavier Elsen, qui revient à la source du théâtre pour transmettre au public un plaisir des sens qui fait écho à l’expérience de chacun. Une belle performance où la ligne d’arrivée réservera quelques surprises.

Doffice !
De la Cie Zinneke Kabuki
Mise en scène : Xavier Elsen
Avec : Michel Carcan et Othmane Moumen
Création sonore : Fahd Moumen

Au Festival de Spa les 13 et 14 août à 18h30

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest