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La putain respectueuse est-elle devenue irrespectueuse ? Le titre de l’une des nouvelles pièces programmées au Théâtre des Martyrs, « La putain respectueuse | La putain irrespectueuse », pourrait le laisser croire. Mais la réalité est plus subtile. En effet, d’un côté, la putain respectueuse de Sartre est belle et bien respectée… respectueuse. La pièce de l’écrivain existentialiste s’inspire de l’affaire des Scottsboro boys – soit neuf hommes noirs âgés de 12 à 20 ans, accusés du viol de deux femmes blanches sur base d’un faux témoignage et dont huit furent condamnés à mort. Le « nègre », lui, comme on l’appelait alors, dans les années 30, n’a quasiment pas son mot à dire. On le voit à peine, on l’entend encore moins. Et c’est ce travers-là qu’a voulu corriger Jean-Marie Piemme. Il lui donne une voix, une pensée. Soudain, on écoute Louis. C’est ce basculement de taille que le spectateur observe dans « La putain irrespectueuse », la deuxième partie du spectacle.

A change is gonna come

Et la putain – Lizzie Mac Kay – dans tout cela ? Elle est, dans les deux parties, interprétée par la Néerlandaise Berdine Nusselder dont l’accent fait voyager jusqu’en Amérique, où se déroule l’intrigue, et même au-delà. Le metteur en scène Philippe Sireuil lui donne beaucoup de place, qu’elle occupe volontiers, tantôt lovée sur un canapé, tantôt occupée à virevolter d’un côté à l’autre de la scène, comme pour montrer son omnipotence dans cette affaire. Philippe Sireuil est l’homme-clef de ce spectacle car c’est lui qui a soufflé à Jean-Marie Piemme l’idée d’écrire une « variation » autour de l’oeuvre de Sartre. Les deux hommes ont joué autant la carte de la sobriété que celle de la mystification si chère à Sartre, s’emparant avec brio de thèmes complexes comme le racisme, le machisme, la radicalité et les dérives collectives. Mais eux aussi croient à la chanson écrite par Sam Cooke en 1963, emblématique du mouvement des droits civiques : « A change is gonna come ».

  • La putain respectueuse | La putain irrespectueuse
  • Textes: Jean-Paul Sartre et Jean-Marie Piemme
  • Mis en scène par Philippe Sireuil
  • Avec Priscilla Adade, Michel Charpentier, Marie Diaby, Samuel du Fontbaré, Thierry Hellin, Aurélien Labruyère, Robin Lescot et Berdine Nusselder
  • Crédit photos: Hubert Amiel
  • Vu au Théâtre des Martyrs 

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