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Camus – Dire Noces – Mise en scène: Michel Voïta

Camus - Dire Noces - Mise en scène: Michel VoïtaIl est seul sur scène. Tout seul, et il dit Noces, ce recueil d’essais à caractère autobiographique qu’Albert Camus a composé à la fin des années 30. Mais Michel Voïta n’est en réalité pas exactement seul : Camus veille puisque sur une table, toute simple, sont posés quatre cahiers, quatre exemplaires des différents textes de l’opus, que l’orateur d’un soir ouvre dès qu’il passe de l’un à l’autre. Il y jette un oeil, en tire une phrase ou deux, puis le referme, et continue, seul à nouveau, sans béquille, sans renfort. Après son spectacle « Proust – Dire Combray », Michel Voïta est rodé : il le sait, il le sent, il est proche de la perfection quand il exerce son art, quelque part entre le théâtre et la récitation. Car le contrat est rempli : le plus souvent, ce n’est pas Michel Voïta qui se tient devant les yeux du public, mais Albert Camus lui-même, qui se raconte, qui donne des clefs de compréhension des différents événements, obstacles, bonheurs qu’il a connus sur sa route et qui ont guidé son écriture. Michel Voïta respire comme Camus, ou du moins, le laisse penser. Il reprend son souffle comme Camus. Il ponctue, réfléchit, illustre comme Camus. Les passions, les coups de gueule, les enchantements, les désillusions qui sont dévoilés dans le texte sont autant ceux et celles de l’auteur que de l’interprète. La frontière entre eux deux ne pourrait être plus fine et c’est là tout le génie de cette pièce.

Invitation à l’introspection

Car le texte n’est pas aisé. Parfois, l’on s’y retrouve, mais souvent, il nous perd un peu. Albert Camus a transporté Michel Voïta jusqu’en Algérie, sous le soleil à Tipasa, à Alger ou à Djémila, il l’a entouré de leurs parfums, et tout l’enjeu pour l’acteur est d’y emmener à son tour son public avec lui. Alors, il ponctue son récit d’un son de navire – son sifflet ou sa sirène, qu’il accompagne toujours d’un ricanement légèrement sinistre, un rictus qui tient en haleine. Il y a des ports, des bateaux : l’eau n’est jamais loin. Mais jamais Michel Voïta ne laisse le spectateur se noyer, au contraire, il l’inonde de métaphores délicieuses, le prend sous son aile, lui raconte la vie, là-bas, au-delà des ruines, des dunes. « Noces », même écrit il y a quelques décennies, est toujours d’actualité. L’interprétation revêt une forme de spiritualité, invite à la réflexion, à l’introspection parfois, qui est rendue propice par l’entre-soi de la « petite salle » du Théâtre des Martyrs. Le voyage est réussi, on plane, on divague. Le spectacle ne dure pas beaucoup plus d’une heure – le temps d’une escapade, d’une parenthèse bienvenue aux côtés du grand Albert Camus. Et de son héritier.

 

Camus – Dire Noces
Texte d’Albert Camus
Mise en scène de Michel Voïta
Avec Michel Voïta
Crédit photo : 24 heures / Chantal Dervet

Au Théâtre des Martyrs jusqu’au 9 mai

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