Théâtrorama

Pas un spectacle, mais douze…

Dans sa nouvelle création, Après la Peur, Armel Roussel laisse au public le soin de composer lui-même sa soirée. Au risque de frissonner sous la neige, dans un minibus, les grandes plaines américaines à perte de vue.

La salle principale du théâtre des Tanneurs est transformée en grand salon tamisé, parsemé de tables de tailles différentes. Certaines attendent cinq invités, d’autres une dizaine. C’est ici que tout se joue : chaque spectateur doit choisir quelles pièces – d’une durée de 30 à 40 minutes – il a envie de découvrir. En tout, douze scènes sont jouées, et en une soirée, il est possible d’en voir trois ou quatre. Une fois qu’il a jeté son dévolu sur un mini-spectacle, le spectateur s’installe dans « la chambre » désignée et patiente. Soudain, un comédien vient le chercher, entraînant avec lui ses voisins de tablée. C’est le début de l’aventure, car aucun spectacle n’est joué dans la salle principale : ne reste qu’à suivre le guide. Certains groupes rejoignent de petites salles adjacentes, méconnues. D’autres partent à pied, munis d’audioguides, tandis que des vans emmènent des curieux à travers la ville, vers des appartements réarrangés en scènes temporaires.

Mi-Bruxelles, mi-Montréal
Le fort de chaque spectacle est d’entraîner son public dans un univers totalement inattendu. A bord d’un minibus, les passagers sont bercés par la musique du monument québécois Robert Charlebois et découvrent des petits mots laissés par des Montréalais (où le projet a été délicieusement accueilli) à leur attention. Garés en bas d’un immeuble quelque part dans la ville, les compagnons d’un soir entendent des cris qui déchirent la nuit : une Japonaise les invite dans sa « chambre pour pleurer ». Quinze minutes de larmes de crocodile, et c’est déjà fini : il faut rentrer aux Tanneurs, attraper un nouveau ticket pour une autre représentation et repartir en trombe.

Le rythme est effréné, les options variées. Dans un autre van, un dandy en veste en jean a laissé monter une autostoppeuse peu loquace, sauf quand elle cause de son ancêtre musicien. Dans les coulisses du théâtre, près d’un piano à queue bâché, deux Québécois racontent les derniers instants du cinéaste Claude Jutra. L’accent des conteurs ébouriffe la salle. Armel Roussel, quant à lui, a écrit le texte de la Chambre 8 : « Safari (comme un teen-movie) ». Là, Larissa demande à Gilles : « Est-ce que toi aussi, quand tu étais enfant, tu te racontais des histoires sur les gens que tu voyais dans la rue ? » Finalement, Après la peur, c’est bien cela : une histoire de rue et de partage, où planches et pavés se mélangent.

Après la Peur
Un spectacle d’Armel Roussel
Conception : Sarah Berthiaume, Gilles Poulin-Denis, Armel Roussel
Ecriture : Selma Alaoui, Sarah Berthiaume, Dany Boudreault, Jean-Baptiste Calame, Salvatore Calcagno, Soeuf El Badawi, Julien Mabiala Bissila, Joël Maillard, Florence Minder, Gilles Poulin-Denis, Armel Roussel…
Avec Selma Alaoui, Sarah Berthiaume, Dany Boudreault, Romain Cinter, Larissa Corriveau, Marie-Aurore D’Awans, Soeuf El Badawi, Vanja Godée, Julien Jaillot, Denis Laujol, Adrien Letartre, Vincent Minne, Gilles Poulin-Denis,Sophie Sénécaut, Aymeric Trionfo et Uiko Watanabe et avec la participation de Aminata Abdulaye, Tom Adjibi, Jean-Marc Delhausse, Ansu Dhiediou, Dorcy Rugamba et Grégoire Tirtiaux.
Jusqu’au 3 octobre à 20h30 du mardi au samedi au Théâtre les Tanneurs

 

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