Théâtrorama

Myriam Saduis et Valérie Battaglia signent un portrait singulier de la philosophe allemande, qui mêle habilement la vie privée et la pensée de Hannah Arendt. L’effervescence intellectuelle fuse dans une atmosphère poétique teintée d’onirisme…

L’image austère de Hannah Arendt s’efface dans une scénographie qui laisse apparaître toute la fantaisie d’une femme réunissant sa tribu autour d’elle dans une urgence de vivre et d’aimer après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Mais les chers disparus s’invitent dans le présent dans une narration qui refuse la linéarité du récit pour proposer une irruption de moments comme un jaillissement de pensées.

amor_mundi-07e8dQue ceux qui redoutent une pièce didactique composée d’un concentré de concepts se rassurent… Les premières minutes distillent un parfum de sensualité sur scène. Sensualité d’une femme libre qui danse avec onctuosité pour savourer l’instant présent. Son partenaire ne tarde pas à la rejoindre pour un duo amoureux où le désir est le maître du moment. Une balançoire suspendue côté cour sur le plateau en ivresse du vertige. Un ciel étoilé en fond de scène, comme une carte du monde qui s’éclaire de points lumineux brillant avec la mélancolie de bougies du souvenir.

Hannah Arendt (Mathilde Lefèvre) et son mari, Heinrich Blücher (Jérôme de Falloise), se préparent à accueillir leurs proches amis, pour célébrer la publication de son livre Les Origines du totalitarisme. « Scène de la vie conjugale » banale, sauf que nous sommes en 1951 à New York, le Nouveau Monde, qui accueille les exilés du Vieux Continent, cherchant à se reconstruire sans oublier derrière eux la moindre pièce du puzzle de leurs vies émiettées. Hans Jonas (Soufian El Boubsi), l’ami complice et condisciple des cours de Heidegger, accompagné de sa femme, Eleanore Weiner (Ariane Rousseau), récemment rencontrée, Robert David Winterfeld (Romain David), facétieux poète plein d’allant et Mary McCarthy (Aline Mahaux) exubérante et délicieuse écrivain et journaliste américaine… Tous se rassemblent autour du couple dans une joie collégiale qui n’oblitère pas les questions, les doutes et l’envie d’un avenir en commun.

La poésie en résistance
Derrière la joie, la mélancolie en embuscade… Le titre Amor Mundi résonne comme un paratonnerre du désespoir, une formule magique à répéter en boucle pour ne basculer dans le passé. La temporalité est poreuse, les époques se superposent jusqu’à projeter un espace surnaturel de l’entre-deux où les fantômes du passé réapparaissent, parfois sous les traits d’un ange nommé Walter Benjamin, dont la mort inutile hante Hannah. L’exubérance parfois forcée des personnages a pour effet d’accélérer le rythme pour mieux suspendre le temps dans les scènes où les souvenirs revêtent une aura de sérénité nostalgique.

Mathilde Lefèvre habite totalement son personnage pour lui donner corps sans jamais se départir de l’esprit de la philosophe. Une pensée perçante et percutante qui traverse la pièce en permanence pour insuffler au texte des éclairs de lucidité et un feu sacré où l’engagement reste la pierre angulaire de la vie et de l’œuvre de Hannah Arendt.

Amor Mundi
Texte de Myriam Saduis et Valérie Battaglia
Avec Romain David, Laurie Degand, Jérôme de Falloise, Soufian El Boubsi, Mathilde Lefèvre, Aline Mahaux, Ariane Rousseau
Dramaturgie Valérie Battaglia Scénographie et costumes Anne Buguet Lumière Caspar Langhoff Bande-son Jean-Luc Plouvier Assistant à la mise en scène Jean-Baptiste Delcourt Assistant mouvement Vincent Dunoyer Régie son Charles Fauville Assistante costumière Leila Boukhalfa
Crédit photo : Serge Gutwirth

Jusqu’au 19 septembre au Théâtre Océan Nord

 

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