Théâtrorama

Depuis 1968, Philippe Genty, metteur en scène et directeur de la compagnie qui porte son nom, s’empare de l’espace scénique comme d’un vaste terrain de recherche autour du subconscient, dans lequel tout fait signe et sens. Oscillant du ridiculo-burlesque au tragico-angoissant, les actions et situations s’enchaînent sur un rythme effréné, nous donnant l’étrange sentiment de franchir certaines limites sans vraiment savoir lesquelles…

Un conteur s’aperçoit avec effroi que sa main gauche fouille dans ses poches, ouvre les tiroirs… S’abîmant dans cette autonomie grisante, elle va jusqu’à l’entraîner « à l’intérieur », de l’autre côté de la fermeture éclair, au cœur d’un parcours initiatique d’inspiration psychanalytique, dans lequel formes, couleurs, matières et concepts se réclament de l’étoffe des rêves. Réfutant tout repère spatio-temporel, étiolant le réel, l’insaisissable mène la course avec entrain et légèreté. Quel rôle joue sa main droite ? Est-elle partenaire ou ennemie? Tentant de rétablir l’interdépendance de ses membres, notre conteur part à la dérive d’un voyage onirique qui le mènera aux confins du langage.

« Je tentai sans succès de consoler un bulletin météo en pleine dépression »
Usant avec humour et dextérité des ressources de l’univers marionnettique, Eric de Sarria et Philippe Richard incarnent sur le bout des doigts la vingtaine de personnages délurés qui prennent part à cet univers fantasmagorique. En vedette, Félix Nial de la police secrète, et le ministre de l’INTERIEUR. Par le décalage qui lui est inhérent, ce monde farfelu pose la question de l’identité avec une audace toute sociale et politique. Tour à tour matériau de bateau, colonnes au cœur d’une perspective fuyante, ou bouchon au fond des toilettes, les journaux de presse sont partie prenante du spectacle et lui garantissent une actualité indéniable. L’utilisation des codes de jeu de la traditionnelle marionnette à gaine « Guignol » tendent le spectacle vers la satire, tandis que des références à l’univers populaire des contes sont discrètement sous-jacentes.

Le décorticage permanent du langage met en relief les nombreuses possibilités d’interprétations qui émanent d’une même proposition, et donc, la nécessité de sens critique. Si les jeux de mots et associations d’idées deviennent d’éminents conducteurs dramaturgiques, l’objet donne une réalité tangible à l’abstraction des mots. Il constitue un support pour explorer les profondeurs de leur réalité. L’effet est renforcé par le nombre impressionnant de décors qui se succèdent dans une synchronisation parfaite. Ce véritable exploit de machinerie que les deux comédiens accomplissent passerait presque inaperçu tant le plaisir du jeu et de la relation au public prend le dessus. Avec un sens féroce de l’humour et une générosité incroyable, poésie et fantastique se donnent la réplique pendant 1h15. Ce classique de la Compagnie Philippe Genty tourne depuis plus de trente-deux ans n’a pas pris une ride d’usure. Un incontournable.

Zigmund Folies
Vu le 2 avril 2015 au Grand Parquet
Mise en scène : Philippe Genty
Assisté de : Mary Underwood
Interprètes : Eric de Sarria et Philippe Richard
Site web : Compagnie Philippe Genty

 

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