Théâtrorama

Entre chèvre et loup… A l’orée de son spectacle, elle clopine dans la salle au gré des pelotes de laine qui forment son manteau et dans lesquelles destins et identités vont se déployer. De ses guêtres palimpsestes à mi-chemin entre la chèvre et le loup, Ilka tricote avec une audace troublante l’Homme et l’animal.

Librement inspiré du conte « Le loup et les sept chevreaux », le dernier spectacle de Ilka Schönbein, « Sinon je te mange », met en scène une vieille Ilka bergère qui a perdu tout son troupeau, mangé par le Loup. Son pendant marionnettique est sa dernière biquette, celle qui « s’était cachée dans la pendule ». Face à elles, Monsieur Loupetit, petit frère du Loup, alias Alexandra Lupidi. Fidèle partenaire de Ilka depuis « La vieille et la bête », cette chanteuse multi-instrumentiste hors-pair endosse également le rôle du grand méchant Loup, celui qui joue de la guitare électrique et qui est un vrai rockeur. Celui pour qui « [elle] était une mauvaise bergère, une bergère qui chassait, buvait, dansait avec le loup… ». Que le langage agisse par la marionnette ou l’instrument de musique, chaque interprète entre peu à peu dans le tourbillon de la métamorphose, et articule un à un les personnage avec les enjeux du conte, nous donnant accès à toute sa dimension symbolique. Par un vaste jeu de miroirs, c’est l’ambiguïté et la nature multiple de chaque être qui nous est révélée.

La marionnette comme une transe
Considérée comme une figure incontournable de la scène contemporaine des arts de la marionnette, Ilka explore une esthétique et un univers bien singuliers. Avec un humour et un culot uniques, elle repousse les limites de l’humain aux frôlements de la monstruosité, et conduit l’inconscient collectif en face de ses peurs, rêves et projections. Puisant sa matière dans les silences de l’invisible, Ilka transcende le rapport du marionnettiste à la marionnette et l’entraine hors des sentiers battus. Il n’est plus question de dire « Qui manipule qui ? » mais bien « Qui pénètre qui ? »

Aussi fugitives que des hallucinations, les figures marionnettiques surgissent à mesure que monte la transe de l’interprète, et vouent leur existence à l’emprunt de certains membres de son corps. Les métamorphoses sont fortes de sens. Comme des excroissances du réel désignant l’intangible, les marionnettes d’Ilka livrent une part dérangeante de la vérité de notre condition humaine.

Sur des airs de klezmer et de musique yiddish, dans une ambiance crépusculaire qui ne va pas sans connoter un certain romantisme, Ilka Schönbein et Alexandra Lupidi excellent dans leur maitrise technique. On reste cependant sur notre faim au vu du potentiel certain de recherche et d’inventivité des deux interprètes, et l’impression de déjà-vu persiste. A suivre.

Sinon je te mange
Ecrit et interprété par Ilka Schönbein – Theater Meschugge
Musicienne et dans le rôle de Monsieur Lupidi / création musique : Alexandra Lupidi
Assistant à la mise en scène:Britta Arste
Crédit photo : Marinette Delanné
En partenariat avec le Goethe Institut dans le cadre du « Figuren Focus » par le Mouffetard – Théâtre des Arts de la Marionnette.

Au Mouffetard- Théâtre des Arts de la Marionnette jusqu’au 26 octobre 2014 et en tournée dans toute la France en 2014-2015.
Réservations : 01 84 79 44 44
A partir de 9 ans

Vous pourriez aimer çà

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Théâtrorama

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir plus d'actualités et profitez de nos invitations

Votre abonnement est enregistré avec succès !

Pin It on Pinterest