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Manto

À la limite des perceptions, là où les sens frôlent le mystique, les premières apparitions de Manto sont furtivement déposées dans l’instant présent. Elles y trouvent leur point d’accroche et il se nomme « souffle ». S’affranchissant de toute notion de passé ou de futur, libre d’un quelconque engagement envers la vie, Manto entre avec subtilité dans la ronde infinie du mouvement terrestre.

C’est dans le cadre du festival « Figuren Focus », qui met à l’honneur les artistes d’Outre-Rhin, que Uta Gebert est accueillie au Mouffetard-Théâtre des Arts de la Marionnette. Sa dernière création, « Manto », met en scène un personnage du même nom, qui est incarné par une marionnette à taille humaine dont elle est l’unique manipulatrice. Cette créature hybride, mi femme mi cerf, est douée de mantique -ou dons divinatoires-. Accompagnée en direct par le contre-ténor Harald Maiers, Manto évolue au rythme de ses visions dans un univers aussi fantastique que périlleux.

Une cartographie du sensible
Loin de toute construction narrative ou anecdotique, la gestuelle précise et épurée de l’artiste ouvre le champ du minimalisme. Tableaux visuels et mouvements internes au plateau se rencontrent dans une même unité qui s’échappe de l’espace-temps et nous conduit à toucher imperceptiblement à l’essence de la matière. Chaque geste de Manto acte une adhérence bien particulière à l’environnement. Elle traverse ses visions autant qu’elle est traversée par elles. Elle voit autant qu’elle est vue, touche autant qu’elle est touchée. Elle perçoit donc autant qu’elle est perçue. C’est dans ce va et vient constant qu’elle inscrit et développe une certaine porosité avec le réel, qualité qui devient l’écrin de sa pleine conscience.

Le plateau reflète un échange primitif, instinctif et irrationnel avec la nature, d’un temps où rêve, magie et humanité étaient encore intrinsèquement mêlés. Comme une cartographie horizontale de ses perceptions, la scène est traversée de zones « sensibles » que Manto décrypte et reconnait, découvre avec crainte, ou traverse courageusement. Apparitions ou révélations ? Manto elle-même est-elle « création » ou « manifestation » ? L’emploi de la marionnette décuple ces questionnements. Ou les rassemble. Peut-être que tout est déjà là, et qu’il n’est question que de trouver la bonne lumière pour le voir.

Dans une ambiance crépusculaire et sans une fausse note, Uta Gebert et Harald Maiers nous livrent l’apothéose du concert de cet être qui nous parle de notre histoire, de nos origines et de notre fin, de nos peurs et de nos questionnements. Nous accompagnant avec délicatesse sur le chemin de notre propre révélation. Du grand art.

Manto
Par la Numen Compagnie
Conception, mise en scène, interprétation : Uta Gebert
Collaboration artistique : Michel Cerda, Gabriel Hermand-Priquet, Inga Schmidt
Chanteur : Harald Maiers
Composition musicale : Mark Badur, Ulrich Kodjo Wendt
Scénographie, marionnettes : Uta Gebert
Création lumières : Fabien Bossard
Costumes : Sonja Albartus, Nicole Reinbold, Uta Gebert.
Crédit photo : Ginamarco Bresadola

Vu le 28 novembre 2014 au Mouffetard –Théâtre des Arts de la Marionnette
Plus d’infos: Numen Compagnie

 

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