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DARU Thempo, compagnie phare parmi les représentants actuels de l’art marionnettique., est également le Pôle Régional de la Marionnette en Essonne (programmateur des Champs de la Marionnette). Nicole Charpentier et Christian Chabaud en sont les créateurs, ce dernier a beaucoup à partager sur cet art, sa seconde peau.

Quelle est la signification de DARU Thempo ?
« Daru : le nom de la compagnie trouvé en 1973 par brain-storming. On a failli s’appeler « Buru » (parce que Ubu, bure….) mais ce fut Daru. Cela sonnait mieux.
Thémpô : Théâtre de la Marionnette en Essonne – Pôle. Notre seconde grande activité. Nous sommes opérateurs du pôle régional de la marionnette en Essonne / sud Ile-de-France qui organise Les Champs de la Marionnette (13ème édition l’an prochain). Et le huitième « lieu compagnonnage marionnette » en France sous le vocable « le Manipularium » pour l’accueil, le soutien en production et l’accompagnement de jeunes artistes professionnels. Tout cela avec l’aide de la DRAC Ile-de-France, la Région Ile-de-France, le département de l’Essonne, la communauté de communes de l’Arpajonnais, les villes-pôle La Norville et Saint-Germain-lès-Arpajon. »

Comment l’art de la marionnette, longtemps réservé au jeune public, s’est-il ouvert à d’autres publics ?
« Avec, dans les années 70, l’opiniâtreté farouche de quelques marionnettistes, programmateurs et structures culturelles ! Depuis, le marché marionnettique a explosé. La création de l’École nationale des arts de la marionnette (1988) a élevé le niveau des productions, ainsi que la multiplicité des festivals et autres temps forts. Puis l’émergence d’artistes « venus de nulle part » avec une vraie diversité artistique affranchie des codes. Les publics se sont décomplexés et la dimension revendiquée « pour adultes » a donné une vraie force de reconnaissance à notre art. La presse a suivi. L’argent public, maintenant régional, a accompagné le développement de projets structurants portés par des marionnettistes. Les années 80 ont été la véritable époque de ce renouveau : implantation régionale d’équipes de créateurs, développement de saisons et de festivals réguliers…En tant que Pôle Régional de la Marionnette en Essonne (devenu depuis cette année lieu compagnonnage marionnette), nous recevons plusieurs centaines de propositions de spectacles et de coproductions par an ! »

Compagnies pionnières de ce mouvement, qu’en est-il de votre épopée ?
« Professionnels depuis 1976, nous avons eu la chance de bénéficier du grand élan artistique des années 70 puis 80, soutenu par les pouvoirs publics. Après Tristan et Yseult, nous avons abordé les livres anciens des morts de l’Égypte pré-antique avec des marionnettes plates et une vidéo géante (Disparus dans la Lumière-Temps), sur le Dom Juan de Molière avec le mythe revisité par des grands personnages de type Bunraku, le thème de l’exclusion et le bannissement des lépreux au moyen-âge dessiné par un théâtre d’ombres expressionniste (La Légende d’Yvain), la difficulté de communiquer quand on s’aime vraiment et qu’un véritable mur se dresse entre nous (Le Mur et le Petit Monsieur). Ces années-là nous ont vu participer à deux magnifiques opéras baroques sous la direction de Jean-Claude Malgoire : Platée de Rameau et Alceste de Lully. La fin des années 90 marque une nouvelle étape avec l’implantation régionale de notre Compagnie, l’action culturelle, l’enseignement et l’éducation artistiques. Et depuis 1998, grâce à de nombreux partenariats, nous avons accueilli à ce jour 81 compagnies, 155 spectacles avec 600 représentations vues par près de 60.000 spectateurs, en partenariat avec 30 villes et théâtres de l’Essonne. Et dans quelle ambiance, avec quelles émotions partagées ! Dans le même temps, nous avons créé en 2001 un « Escurial » de Ghelderode (pour deux acteurs, une grande poupée et une scénographie agissante), en 2004 « Dissident, il va sans dire » de Michel Vinaver (pour un manipulateur et deux pantins) en présence de l’auteur – quel souvenir et quelle rencontre ! Mais aussi un vaste chantier de création en 2009 avec « La Conférence des Papillons ». Et deux spectacles pour les enfants (de grandes premières, après trente ans de carrière de marionnettiste !) : « Où est le n’ours ? » et « Papillon… Vole ! ». »

L’écriture marionnettique est-elle avant tout graphique ?
« Elle passe ontologiquement par une réflexion sur la forme plastique. Pour nous le déclic créateur est souvent intuitif. La forme plastique en est rarement le seul point de départ. Sauf pour le doudou où c’est la manipulation inopinée d’ours en peluche sur le rayon d’une station-service qui nous a donné envie d’aborder le thème. La plastique de la marionnette dépend de son adéquation avec le propos que l’on veut tenir. Nous affirmons notre démarche comme « esthétique », en cela que nous cherchons la meilleure adéquation entre le fond et la forme. La marionnette est finalement un instrument à inventer en fonction de la « musique du sens et des émotions » que l’on veut lui faire jouer. Toutes les formes plastiques sont permises, des plus minimales aux plus sophistiquées !

L’expressivité de la marionnette surpasse –t-elle celle du comédien ?
« J’en suis convaincu. Sauf quand le comédien atteint lui aussi au sublime de « l’irréalité spectaculaire ». Ce terme magnifique est de Nicole Charpentier qui l’a inventé à propos de son travail sur « Escurial » (Ghelderode) et le geste pictural de Francis Bacon. Cette « présence invisible » de la marionnette explore les fondements les plus anciens de la magie, ou plutôt de la métaphysique antique. D’ailleurs, je parle de moins en moins de marionnette mais de forme ou d’objet « marionnettique ». Sa forme est identifiable, mais ce qui agit en elle, non. Il est trop simple d’invoquer le mouvement impulsé par le manipulateur pour expliquer « çà ». »

Où est donc le secret de l’harmonie qui lie les différents éléments de vos spectacles ?
« L’harmonie dont vous parlez relève d’une véritable alchimie à la fois humaine, artistique, physique, symbolique. Je sais qu’il y a dans toute création « à l’œuvre » un processus complexe qu’il ne faut pas chercher à totalement conscientiser. Comme pour le montage d’images et de sons au cinéma. À tous les stades du travail de création, il faut en permanence redevenir vierge d’émotions et de sens. Être neuf en permanence, ici et maintenant. C’est sans doute grâce à cet état d’esprit du travail artistique – et humain – que nous tendons à parvenir à ce « secret de l’harmonie » que vous soulignez flatteusement dans nos spectacles. »

Quelle est votre actualité scénique ?
« Entre deux. Nous tournons « Papillon… Vole ! » et « Le Rossignol de l’Empereur de Chine Zao » qui n’en finit pas de voler. Et fin mars en Essonne, nous remettons en chantier notre « Ali Baba ». Que dit vraiment ce conte de la Perse antique, l’un des plus anciens constitutif de notre inconscient collectif ? Que finalement le bonheur est dans le vol, même des voleurs ? Car enfin, Ali Baba n’est-il pas le « quarante-et-unième voleur » ? Un spectacle où l’or sera représenté par la lumière ! »

Site web: http://daru.polemarionnette.com

DATES
« Papillon… Vole ! » (à Orléans en juillet, au Festival Mondial de Charleville les 19 et 20 septembre, puis à nouveau en Essonne).

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  1. « Courez dans les Champs de la marionnette », Daru-Thémpo vous montre le chemin :

    http://fr.calameo.com/read/0005487053459794ebd06

    mf / Répondre

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