Théâtrorama

Clap de fin pour la 37ème édition du Festival MIMOS qui a réussi son pari de se renouveler avec une programmation éclectique et d’enrichir son offre, grâce notamment à l’installation du village du festival et l’accueil de groupes qui ont enflammé le public comme l’envoûtant duo So Lune. Et la pluie n’est pas parvenue à gâcher la fête ni à entamer l’enthousiasme des spectateurs qui ont été plus de 6000 dans le IN à se déplacer, le OFF n’ayant pas été comptabilité. Retour de festival en coups de cœur…

Au point du jour, de la compagnie Presque Siamoises

« Je rêve d’un petit déjeuner comme ça tous les matins ! », murmure ma voisine en trempant sa mouillette en musique, tout en regardant les contorsions sur table de bar de Flora Le Quémener et de Cali Hays. Pendant une heure, la compagnie Presque Siamoises réinvente un rituel du petit déjeuner qui éveille les sens et met en appétit pour voir son œuf à la coque sous un autre angle et savourer un café qui remet la tête à l’endroit. Une bonne façon de se réveiller en douceur et de mettre de bonne humeur les bougons au saut du lit. Au point du jour offre une performance récréative qui permet de retrouver le plaisir de prendre son temps le matin pour se reconnecter avec son environnement. Et à regarder les contorsions de comptoir des artistes, on se dit qu’on a enfin trouvé un moyen pour quitter son oreiller sans torticolis, mais avec l’envie de commencer sa journée du bon pied…

2K duo de la compagnie La Volga et de la compagnie Homo Ludens

Quand l’absurde décortique le monde avec lucidité… Derrière le numéro de pitre savamment organisé de cette chorégraphie s’appuyant sur tous les ressorts comiques classiques, 2K, qui puise son inspiration dans Actes sans Paroles de Samuel Beckett, dépeint un portrait au burin de l’humanité, dans ses petites bassesses et ses grandes tendresses, entre détails tranchants et gestuelle millimétrée. Les situations s’enchaînent sans réelle logique narrative, dans un rythme sans trêve, provoquant un rire à double détente où se dessine en filigrane une réflexion plus subtile. Univers poétique qui place l’humain dans ses instincts primaires, la rencontre des différences génère une matière brute que Geung Ho Nam et Laurent Clairet exploitent avec finesse. Si la première partie reste plus proche de gags usuels et intemporels, le travail chorégraphique prend une autre dimension quand les personnages se transforment en cobayes de laboratoire dont on analyse les comportements. Un microcosme en champ d’expérimentation qui s’empare des réalités macro économiques d’une société encagée dans ses contradictions et qui découvre sa propre pantomime dans le miroir en caricature que lui tendent les deux artistes.

Brut de Marta Torrents

Le corps ne ment pas… Émotions brutes sans filtre qui traverse l’humain pour transformer son état d’âme et son expression, on passe du rire aux larmes en un clin d’œil, de la haine à la compassion face à une humanité nue. Entre théâtre, danse et acrobatie, Brut expérimente l’extrême en se dépouillant des artifices du dialogue pour se concentrer sur l’essence même de l’humain, ses émotions. Le spectateur assiste à une véritable performance où les corps sont poussés jusqu’à leurs limites dans un travail physique qui allie une technicité parfaitement contrôlée et exploitée et une interprétation émotionnelle puissante et subtile, qui s’attache à décomposer le ressenti en expressions dans des scènes en solo, mais qui sont particulièrement réussies quand les danseurs entrent en interaction. Si le texte n’est pas absent de la chorégraphie, la parole reste secondaire et se limite à des monologues, des soliloques ou des échanges sans réelle réciprocité. Dans Brut, le corps est roi, la chair est à fleur de peau et le visage, un livre ouvert qui transmet au public un magnifique éventail d’émotions. Les corps se tordent, se contorsionnent, rampent, tombent, virevoltent faisant naître une sensation qui se transforme en émotion. À moins que ça ne soit une émotion fugitive qui évolue en sensation pour agir sur un corps à son service. Les quatre danseurs, Jonathan Frau, Nicolas Quetelard, Georgina Vila Bruch et Dorothée Dall’Agnola, réalisent une performance où pourtant, le corps en tension parvient même à s’effacer pour ne garder que l’émotion. 

Amour de la compagnie Marie de Jongh

Crédit photo: Guillermo Casas

La compagnie de théâtre masqué Marie de Jongh nous parle d’amour avec un spectacle où la poésie se niche dans chacun des gestes des personnages, dans chaque recoin du décor. Et l’amour débute dès le plus jeune âge pour se poursuivre tout au long de la vie. L’histoire commence dès l’enfance, culottes courtes et jeux de petites filles qui s’amusent entre elles à faire semblant et à imiter les grandes personnes avec toute l’innocence de leur inexpérience. L’amour en filigrane au bout des doigts, mais sans savoir le saisir à pleine main, jusqu’au trouble qui provoque la brouille entre les deux gamines. Une brouille qui dure bien 60 ans et les tourne vers la réalité qui prend la forme de deux garçons à qui elles décident chacune, en provocation et rivalité, de s’attacher pour construire leur avenir. Les deux couples vivent côte à côte en conservant, pour les épouses, les vieilles rancunes qui finissent par fondre pour retrouver peu à peu les sentiments oubliés du passé mais toujours bien présents. Un spectacle familial cousu de fil d’or pour son intelligence et sa poésie. Loin de se cantonner à un scénario trop facile qui aurait pu couler de source avec le sujet, la compagnie s’ancre dans l’actualité pour parler des différences et de l’acceptation de l’autre   avec humour et douceur. Les comédiens, sous leurs masques, donnent vie à ces personnages qui nous transportent dans un univers sans parole mais où l’amour s’écrit avec un grand A. 

5es Hurlants, compagnie L’Oublié(e) – Raphaëlle Boitel

Changement de dernière minute, La Chute des Anges programmée n’aura pas lieu, pour cause de blessure d’une danseuse. Le spectacle a été remplacé au pied levé par les 5es Hurlants qui a hypnotisé la salle du théâtre de l’Odyssée.  

Un travail chorégraphique en hommage au cirque qui, loin des paillettes, s’attache à montrer l’envers du décor où la répétition est le quotidien des artistes. Face aux doutes et aux faiblesses individuelles, l’union fait la force de ces sept circassiens évoluant sur un plateau qui semble hors du temps, pour transformer les zones d’ombre en champ d’énergie sans limite.

Lieu de vie, espace de travail, chacun possède sa spécialité dans un rapport aux agrès passionnel qui les transforme en virtuose le temps d’une émotion. Derrière l’apparence de joyeux fatras où les artistes fourmillent de vitalité pour expérimenter et parfaire leur numéro dans une émulation collective pleine d’humour, se prenant les pieds dans les chaises et finissant le nez dans la poussière, la scénographie est orchestrée avec une méticulosité d’horloger qui connaît le mécanisme les yeux fermés. 

Inspirée de l’œuvre de Caravage, l’esthétique du plateau, imposant par son installation technique et qui fait retenir au public son souffle quand une des jeunes femmes virevolte dans les airs, le corps suspendu dans le vide, évoluant au gré des impulsions données par des câbles actionnés par ses  partenaires au sol. La lumière crue du projecteur, tourné symboliquement vers le public pour ne pas éblouir les artistes, se tamise, entre ombres et halo pour mieux générer une intimité propice à la création. La musique devient un élément de la réussite du spectacle, dynamisé par une Campanella de Liszt résonnant puissamment dans l’espace. 1h05 de magie qui propulse le spectateur dans un voyage poétique sous chapiteau… 

Les prix du Off

Si la pluie est venue mettre son grain de sel dans l’organisation des spectacles du off, le festival s’est terminé, comme chaque année, par la remise des prix du public et du jury : 

– Le prix du jury (1500 €) a récompensé le spectacle Nonna(s) dont’ cry, de Dirtz Theatre.

– Le public a distingué, de son côté, le Duo Masawa qui s’illustre dans des portées acrobatiques dans V.O.GO.T pour le premier prix (1000 €). Le deuxième prix (1000 €) revenant au spectacle de break dance Des-Unis, de la compagnie Bakhus.

  • Crédit photos: Francis Aviet pour les 5es Hurlants

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