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Festival MIMOS – La Cosa

La Cosa de Claudio Stelato au Festival MIMOSLa Cosa – La nuit est tombée sur la vielle ville de Périgueux où a lieu MIMOS, festival qui réunit depuis trente-quatre ans les arts du mime et du geste. Le public est nombreux pour assister à la représentation de La Cosa, dont tous les festivaliers parlent avec enthousiasme. Il est invité à prendre place autour de la scène carrée dans des gradins qui se font face. Sur scène, quatre stères de buches de bois pour tout décor, quatre haches pour accessoires. Un décor aux airs d’une installation d’arte povera : une arche faite de rondins, comme une invitation à entrer dans un univers parallèle, deux monticules, dans lequel se cachent les performers et qui font penser à Winnie chez Beckett, un homme au sol, recouvert de bûches et un dernier allongé sur d’autres tel un magicien prêt à entrer en lévitation. Ils sont clowns et acrobates, danseurs et comédiens et s’apprêtent à jeter leur corps dans la partition écrite par le toujours étonnant Cladio Stellato.

La Cosa de Claudio Stelato au Festival MIMOSRarement on aura vu une telle empathie d’une assemblée de spectateurs pour des artistes. Une scène en particulier dit le mieux cette communion qui s’opère, (presque) par magie sous nos yeux. Après avoir joué, glissé, jonglé, dansé avec les petites bûches qui recouvrent le plateau, nos quatre bûcherons en costumes de ville décident de débiter à la hache, une souche de bois chacun. Dans une course folle, ils se jaugent du regard, se narguent, à qui tapera le plus fort et fendra la bûche le plus vite. Le public est saisi par cette compétition et choisi son favori. Et on se surprend à être tenu en haleine pour le sort de bout de bois, aussi fortement que si c’était un thriller d’Ellroy.

Toute l’intelligence et la poésie de La Cosa tiennent en ceci que les performeurs s’amusent. Et ce carré de dix mètres par dix, n’est plus ring, des tréteaux de foire pour démontrer sa virilité, mais un espace pour être ensemble. Ce radeau de la méduse terrestre est la chance qui leur est donnée d’apprendre à faire ensemble au delà des pouvoirs, des dominations et des différences.

La Cosa – Une cérémonie pour être ensemble

A la toute fin, d’une heure de spectacle d’une rare intensité, ils se retrouvent tous les quatre autour d’un tronc d’arbre à l’écorce friable. Chacun saisit une hache et tape à son tour sur le tronc. Le rythme s’accélère, des duos se forment, puis un quatuor usant des temps, contretemps, de contrepoints. On pense alors aux cérémonies javanaises autour du gamelan. La communauté s’y réunit pour jouer à l’unisson. Chaque coup de hache se fait son, musique bruitiste. La mousse de l’arbre jaillit. Et on est saisis par la poésie de cet instant : un temps suspendu où le faire-ensemble efface les dominations et les luttes pour une harmonie.

Ils ne sont plus que quatre donc, après une bataille. Communauté rescapée d’on ne sait quel cataclysme. Mais ils nous embarquent avec eux, demandant aux spectateurs de laisser un dessin, dont le spectacle est l’inspiration, qui prendra place dans une installation à la fin de la tournée. Une empreinte en miroir, quelques traits de feutre sur une feuille de papier (du bois, encore) et pour nous l’impression d’avoir assisté à une cérémonie inoubliable et qui restera vivace dans nos esprits. Une racine, qui se fera branche, puis bourgeon que l’on regardera longtemps encore, émerveillé.

La Cosa
Chorégraphie : Claudio Stelato
Avec Julian Blight, Mathieu Deglangle, Valentin Pythou et Claudio Stelato

Crédit photo: Massao Mascaro

Vu dans le cadre du Festival MIMOS – puis en tournée

 

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