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inaudible de Thomas Hauert dans le cadre du festival June Events

inaudible de Thomas Hauert dans le cadre du festival June EventsFestival June Events – C’est un jeu de traduction et de corps-intermédiaires qui rendent les formes, les outils, les langages et les expressions artistiques étonnamment, et autrement, sensibles. inaudible du chorégraphe suisse Thomas Hauert propose de n’écouter ni les gammes d’airs connus, ni leurs variations, mais d’entendre comment elles résonnent dans les corps des danseurs, et de percevoir comment leurs accents se répercutent au delà. Naissent alors des mouvements inédits qui ne vivent que le temps d’une petite musique intérieure, intime, qui finit par en atteindre d’autres et par s’offrir en partage.

10 ans de festival June Events du 3 au 18 juin 2016

Au tout premier moment, comme au dernier, une matière nouée s’ébauche lentement. Elle se structure depuis un amas étrange, un cœur de scène difficilement pénétrable – laissant donc le champ libre à toutes les interprétations. Des corps s’y frôlent, s’y piétinent et s’y agglutinent ; ils semblent être les éléments d’une peau unique et péniblement mouvante. Ils pourraient figurer les premiers des gestes, un corps ou plusieurs en devenir plutôt qu’en peine. Car ils s’éveillent toujours en musique, évoluant aux percussions d’un orchestre qui dictera leur future marche, à moins que ce ne soit l’inverse. Plus tard, ils seront des cordes solitaires et différemment colorées, cherchant leurs lignes comme on cherche à se fixer sur une portée. Et ils martèleront alors tout : bruit et silence, mouvement et immobilité, fuite et hiatus à la fois.

inaudible est une danse de solitude(s). Seuls, les six danseurs ne se désolidarisent pourtant jamais des autres et du groupe qu’ils forment, mais s’ils tournent le dos ou ferment les yeux, c’est pour mieux s’entendre et mieux entendre l’ensemble, et pour mieux explorer les possibilités d’une distance à trouver dans les accords. Seuls, ils prennent le temps de l’empreinte et de la trace. Ils s’approprient ainsi les suites du Concerto en fa de Gershwin et de Ludus de Morte Regis de Mauro Lanza, et en éprouvent tous les entremêlements, ainsi que les césures et les changements de rythmes, qui affectent leurs corps de diverses façons.

inaudible : le fugitif et l’essentiel

Le jeu de traduction de la musique en mouvement qui s’établit devient un dialogue qui ne nécessite aucun mot, aucune forme préconçue : il faut à chaque tentative de mouvement s’exprimer et exprimer la musique en même temps. Les danseurs ressemblent parfois à des jouets qui s’extraient fugacement de leur boîte à musique et qui n’auraient aucune autre raison d’être, ou d’apparaître. Dès qu’ils dansent, ils ne s’ouvrent pas à la musique, mais entrent en elle, accrochant et s’accrochant à ses amplitudes et ses fluctuations pour devenir amplitudes et fluctuations à leur tour. C’est l’une des préoccupations principales du travail de Thomas Hauert, qu’inaudible pousse à son extrême : interroger le potentiel illimité de la forme d’un mouvement dans toutes ses variations. Le geste naît donc de l’instinct autant que de la réflexion.

inaudible de Thomas Hauert dans le cadre du festival June EventsDe la performance plurielle, en essaim ou en éclats, résulte une danse extrêmement réfléchie mais qui prend soin de ne pas trop en révéler, ni sur ses codes, ni sur ses règles. Thomas Hauert et ses danseurs évoluent sur un fil mystérieux et parfois improvisé qui relève d’une exigence à part, nourrie d’élans rompus et de tentatives souvent vouées à l’échec. Si un chemin se trace néanmoins, il sait prendre en compte ses propres risques et ses propres limites : il s’explore en requérant une confiance sans égale.

Car cette danse-là, libre et contrainte, se fait le point de rencontre entre des corps et des mouvements, entre une musique et la mise en mouvement – en matière – de cette même musique. Elle s’appuie essentiellement sur la richesse de partitions pour clamer la richesse du geste, trouvant finalement ses propres acmés et sa propre grammaire, et donnant à la virtuosité une définition jusqu’ici inattendue.

 

 

inaudible de ZOO/Thomas Hauert
Conception et direction : Thomas Hauert
Danse créée et présentée par Thomas Hauert, Fabian Barba, Liz Kinoshita, Albert Quesada, Gabriel Schenker, Mat Voorter
Musiques : George Gershwin, Mauro Lanza
Collage musical : Thomas Hauert
Costumes : Chevalier-Masson
Lumière : Bert Van Dijck
Son : Bart Celis
Crédit Photo : Grégory Batardon

Création 2016 / Première en France dans le cadre du festival June Events, du 3 au 18 juin 2016, organisé par le CDC Atelier de Paris – Carolyn Carlson

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